FORMATION. Penser, ressentir et agir face aux radicalisations (professionnels)

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Une formation pluridisciplinaire et créative pour enrichir son approche théorique et pratique.
Cette formation est le fruit d’une collaboration entre Le Cerese et Anthropos Cultures Associées.

Contexte

Les acteurs de terrain sont parfois confrontés à des comportements, des postures ou des discours qui les choquent, les déroutent ou les questionnent, parce qu’ils semblent en prise avec des idéologies qui peuvent mettre en cause l’esprit des principes républicains et, à force de clivages, fragiliser les conditions d’un vivre-ensemble à partir de valeurs communes.

Le contexte n’est pas neutre. La France a fait l’objet de plusieurs attaques terroristes et de multiples théories se sont développées sur les phénomènes d’embrigadement de jeunes et familles par l’imaginaire et les objectifs de Daesh. Mieux comprendre la religion musulmane, son histoire, ses courants, ses récits fondateurs et les défis qui la traverse aujourd’hui était également nécessaire. L’état et les collectivités locales ont élaboré plusieurs stratégies pour enrayer les dits phénomènes, et les médias ont parfois attisé les peurs en diffusant des opinions et des humeurs plutôt que de la pensée.

Sur le terrain, la logique du « dépistage » (comment reconnaître un individu potentiellement radicalisé ?) avec une liste d’indicateurs combinant  crise « classique » de l’adolescence, révolte politique, fragilité psychique, rancœurs sociales, flous identitaires, revanches historiques, signes d’une appartenance religieuse revendiquée et/ou signes réels de radicalisation violente… peut stresser (avec le risque de fantasmer ce qui n’existe pas – et de ne pas voir ce qui a lieu).

Deux dangers continuent de coexister : l’extrême violence surgissant n’importe où n’importe quand – et une ambiance quotidiennement délétère et suspicieuse qui mine le tissu social, attise la méfiance ou la haine et renforce le sentiment d’impuissance.

Prendre régulièrement du recul, approfondir une analyse des causes et contextes dans une société mouvante et inquiétée, permet de continuer d’imaginer des leviers à des actions de prévention.

Objectifs globaux

  • Acquérir ou affiner ses connaissances sur les phénomènes de radicalisation
  • Etre sensibilisé(e) ou approfondir les ressources liées à l’approche historique du religieux
  • Mieux comprendre les liens entre l’affectif et l’idéologique, ou écarts entre fantasmes et réalités
  • Mieux appréhender les propos et attitudes des publics en lien avec ces phénomènes
  • Envisager de nouvelles manières d’agir dans une logique préventive

Publics

  • Professionnels du social, de l’éducation, de la justice, du soin…
  • Associations, institutions, entreprises…

Programme et processus pédagogique

Entrée en matière

Radicalisations ? Définir de quoi nous parlons aujourd’hui. Une seule théorie explicative ne suffit pas, puisqu’il s’agit de phénomènes empruntant des mécanismes multi-factoriels : affectifs, géopolitiques, religieux, sociaux, économiques, sociétaux, politiques, familiaux, psychiques et parfois psychopathologiques… L’idée est d’explorer différentes analyses en les combinant plutôt qu’en les opposant, et en permettant ici de faire groupe y compris au sein de la formation. Chaque approche peut apporter des ressources, éclairer certaines conflictualités et désamorcer certaines confusions. 

Contenus :

  • Définitions de termes clés (radicalisations, djihad, terrorisme, mécréants, origines… conflits science / connaissance, temporel / intemporel…) qui seront développés dans la formation
  • Vulgarisation des analyses élaborées par des chercheurs de divers horizons
  • Lecture de textes clés
  • Tour de table et inclusion des réflexions et sensations issues du groupe

Aimantations « individu / idéologie »- et renversement des valeurs

Temps d’éclairage spécifique sur les processus d’adhésion à l’œuvre en ce qui concerne l’idéologie de l’Etat Islamique, et des différents imaginaires religieux et politiques convoqués dans leurs récits du monde. L’EI a certes été affaibli au niveau territorial en Irak et en Syrie, mais continue de s’immiscer dans les esprits, de faire des adeptes et des dégats. 

À partir du film « Aimantations », il s’agit de comprendre, à la fois sur le fond et sur la forme, la manière dont des messages idéologiques qui terrifient le plus grand nombre, peuvent capter avec une telle puissance l’imaginaire, les fantasmes, les rancœurs et les haines de certaines personnes en leur donnant le sentiment de se ressourcer, de renaître dans une appartenance idéalisée, d’avoir une place et une reconnaissance dans un projet qui leur semble révolutionnaire ou rédempteur. 

Contenu :

  • Diffusion du film « Aimantations » réalisé par Sandrine Delrieu. Échanges.
  • L’idéologie de Daesh et les processus d’aimantations. Trois grands types de profils :
    • La psychose, le morcellement et ses logiques (avec un éclairage sur la différence entre conversion mystique et conversion psychotique, sur les angoisses spécifiques de la vie après la mort (paradis/enfer), et sur les intensités pulsionnelles.
    • Le mal-être, blessures, frustrations, les quêtes ou idéalisations aveuglées d’un « autre monde »
    • L’idéologie « pure et dure », normalisée par le groupe
  • Changement de regard : horreur pour les uns, idéal pour les autres ?
  • Comment sortir des logiques binaires, du clivage, du « ou » ? L’usage de la fonction « Tiers ».
  • Éclairages sur la différence entre les trois langages : scientifique, symbolique et religieux.

Terrains d’emprises

Comment ces processus d’aimantation sont-ils spécifiquement à l’oeuvre :

  • A la période de l’adolescence, avec la complexité qui l’accompagne
  • Auprès de personnes qui ont grandi sur le sol français qui, pour différentes raisons ont accumulé des sentiments de frustration, d’humiliations, d’absence de légitimité… quels que soient leur origine ou leur milieu social. Nous explorerons certaines blessures de l’être qui peuvent déclencher un retournement du besoin de liens… en haine dans le lien.
  • Sur internet
  • En milieu carcéral
  • Dans un contexte de quête spirituelle et existentielle : comment parler sereinement de cette quête dans une république laïque ? À qui ? Avec qui ? Quelle différence entre spiritualité et religion ?

Les affirmations d’incompatibilité entre lois divines et lois humaines inquiètent, tandis que la recherche de cadre, de sécurité, d’autorité « divine », voire de vertu idéalisée par certains jeunes témoigne d’une société qui n’a pas vu venir un mal être profond, des angoisses, une révolte et une quête « d’autre chose ».

Contenu :

  • Adolescences et radicalisations
  • Exclusions, humiliations, discriminations, ruptures : les logiques de l’impuissance face à la société et au monde ; analyses sociologiques.
  • Sur internet, du complot aux théorisations extrêmes
  • En milieu carcéral : logiques de rédemption et d’entre-soi
  • Laïcité, religion, vivre-ensemble : réflexion sur les valeurs communes, leur mise en perspective et en pratique. Apports et échanges.

Approche historique et anthropologique du Coran et de l’Islam

Que racontent les historiens et chercheurs sur la société tribale où vécu Muhammad dans l’Arabie du 7ème siècle ? Comment une religion témoigne-t-elle également du type de société et d’évènements politiques dans laquelle elle émergea ? Les outils des sciences humaines permettent d’identifier certaines confusions et « reconstructions fantasmatiques du passé » répandues sur internet et répétés par de nombreux jeunes. Les événements survenues depuis le 18ème siècle peuplent également les imaginaires et font pression dans le présent (apparition de la secte des wahhabites, colonisation-décolonisation, fin de l’empire ottoman, révolution iranienne et conflit chiisme / sunnisme…) et forment pour de nombreuses personnes un grand magma émotionnel que les semeurs de clivages et de terreurs savent manipuler. 

Contenus :

  • D’où vient le sentiment religieux à travers les âges ? Que raconte-t-il ? Que demande-t-il ?
  • Histoire et anthropologie du 7ème siècle. Le Coran et les fondations de l’Islam, un autre regard sur des textes devenus religieux (méthode de l’islamologue Rachid Benzine, et apports de chercheurs).
  • Le tournant du 18ème siècle, le wahhabisme, la colonisation, la fin de l’empire ottoman…
  • Les croyances d’aujourd’hui dans les pratiques des jeunes, et le magma dans les références.
  • Synthèse des différents apports et appropriation par les stagiaires

Nourrir les méthodologies

Réflexion collective sur les postures professionnelles et des pédagogies opérantes auprès des jeunes lorsque ceux-ci affichent un positionnement idéologique radical.

Comment enrichir des logiques éducatives qui s’inscrivent généralement dans une posture de transmission de savoirs, d’apports de connaissances et de valeurs, qui ne suffisent pas à modifier ces positionnements, et peuvent même les renforcer en enfermant l’autre dans une logique de sujet passif ? Les approches participatives sont davantage propices à redonner du pouvoir d’agir aux jeunes, et s’articulent autour de trois axes principaux : expression, valorisation, expérimentation. 

Contenu :

  • L’apport de connaissances et la recherche de vérité : nourrir les contenus
  • Le corps : stress, traumatismes, pulsionnalité, réactivité. Comment décoloniser du bruit du monde, recentrer et apaiser ? Calme, prise de recul et esprit critique. Exercices simples de respiration.
  • La parole et l’écoute : animer un débat sur des sujets « polémiques » – exercice de mise en situation théâtralisée
  • Les logiques de défense et de re-légitimation : redonner du pouvoir d’agir face à des phénomènes de discriminations et/ou d’auto-exclusion.
  • Mettre en projets : expérimenter des valeurs, cultiver la dimension du « faire ».

Pédagogie 

  • Apports de connaissances transversales
  • Supports diversifiés : textes, images, films
  • Ateliers en sous-groupes, jeux
  • Débats et temps d’échanges

➜ Un livret complet individuel est remis aux stagiaires (60 à 70 pages)
➜ Le centre de ressources en ligne du Cerese permet de continuer à partager des contenus.

Intervenantes

Sandrine Delrieu, sophrologue, sophro-analyste / Le Cerese
Mots clefs : psychanalyse et radicalisations affectives, approche historique et anthropologique du religieux, repères géopolitiques, « apaiser les blessures de l’être, les clivages et la haine », construction du Sujet et pouvoir d’agir.

Florence Lardillon, ingénieur social
Mots clefs : Lutte contre les discriminations, pouvoir d’agir, parentalité, participation, citoyenneté, laïcité, promotion de la santé, démarche projet.

Clotilde O’Deyé, socio-anthropologue
Mots clefs : parentalité, interculturalité, posture professionnelle, jeunesse, pouvoir d’agir, exil, intégration, laïcité, démarche projet.
www.anthropos-consultants.fr

Historique de cette formation

Cette formation a été initiée en 2016 dans le cadre d’un projet « Créer pour résister ensemble » financé par le CGET. Elle fut développée en 2017 en collèges et lycées du Réseau Éducation Prioritaire avec le Rectorat Aix-Marseille et le Théâtre La Cité.
Depuis 2018, la formation est remaniée pour s’adapter à plusieurs contextes (social, éducatif, détention, entreprise…).

Contact pour l’inscription

Tel : 06 20 35 90 44
Mail : lesculturesassociees@gmail.com

Coût / Prise en charge (2 jours)

Cette formation est prise en charge par la formation professionnelle.

Salariés / activité libérale : 450€ 
Prise en charge individuelle : 150€