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Une formation pluridisciplinaire et créative pour enrichir son approche théorique et pratique.
Cette formation est le fruit d’une collaboration entre Le Cerese et Anthropos Cultures Associées.

PDF : Formation PRA Radicalisation 2018

Contexte et proposition globale

Les acteurs de terrain qui accompagnent des jeunes sont parfois confrontés à des comportements ou des propos qui les déroutent, les brusquent ou simplement les questionnent, parce qu’ils semblent en prise avec des idéologies radicales qui contredisent l’esprit des principes républicains et du vivre-ensemble.

Le contexte n’est pas neutre, la France a fait l’objet de plusieurs attaques terroristes et de multiples théories autour des phénomènes d’embrigadement des jeunes par Daesh ont vu le jour. L’état et les collectivités locales mettent plusieurs stratégies pour enrayer les dits phénomènes, et les médias mettent parfois de l’huile sur le feu en diffusant des opinions et des humeurs plutôt que de la pensée. La logique lancinante du « dépistage » (comment reconnaître un individu potentiellement radicalisé ?) se heurte à la difficulté de juger des intentions présumées (et non des actes), avec une liste d’indicateurs combinant crise « classique » de l’adolescence, révolte politique, fragilité psychique, rancoeurs, signes d’une appartenance religieuse revendiquée et signes de radicalisation violente.

Deux dangers coexistent : l’extrême violence surgissant n’importe où n’importe quand – et une ambiance quotidiennement délétère, suspicieuse et paranoïaque qui mine le tissu social, les liens et le désir de vivre ensemble.

Tous ces éléments pèsent sur les acteurs de terrain et les renvoient bien souvent à un sentiment d’impuissance.

Notre modèle de société a été attaqué au cœur même de ses valeurs « Liberté, Égalité, Fraternité » et les bonnes volontés tâtonnent pour trouver ce qu’il s’agit d’améliorer, comment, à partir de quelles connaissances et expériences, et avec qui.

À l’interdisciplinarité des analyses des problèmes fait suite une interdisciplinarité créative sur le plan des solutions. Cela ne va pas sans parfois bousculer les habitudes et les mentalités.

Comment penser et que faire ensemble dans ce contexte ?

> Nous pensons qu’une seule théorie explicative ne suffit pas, puisqu’il s’agit de phénomènes multi-factoriels dont il s’agit de décortiquer ensemble les mécanismes : affectifs, géopolitiques, religieux, sociaux, économiques, sociétaux, politiques, familiaux, psychiatriques… Rien n’est à abandonner, rien n’est à privilégier d’emblée. L’idée est donc d’explorer différents courants de pensée et d’analyse actuels en les combinant plutôt qu’en les opposant, et en permettant ici de faire groupe y compris au sein de la formation.

Chaque approche peut apporter des ressources, éclairer certaines fixations et désamorcer certaines confusions. Nous partageons donc des apports synthétiques sur chacune de ces dimensions, et une méthodologie spécifique tournée vers l’inclusion des apports du groupe.

 

> Nous proposons un temps d’éclairage spécifique sur les processus « d’aimantation » à l’œuvre en ce qui concerne l’idéologie de l’Etat Islamique, et les différents imaginaires religieux et politiques convoqués dans leurs récits du monde. L’EI a certes été affaibli au niveau territorial en Irak et en Syrie, mais sa puissance destructrice continue de faire des adeptes à travers des recruteurs, sur la toile internet, dans les prisons et dans de nombreux pays du monde.

Il s’agit de comprendre, à la fois sur le fond et sur la forme, comment ces messages idéologiques qui terrifient le plus grand nombre, peuvent capter avec une telle puissance l’imaginaire, les fantasmes, les rancœurs et les haines de certaines personnes en leur donnant le sentiment de se ressourcer, de renaître dans une appartenance idéalisée, d’avoir une place et une reconnaissance dans un projet révolutionnaire et rédempteur, et de les propulser vers un futur plus prometteur.

 

> A partir de ces analyses, il s’agit d’identifier comment ces processus d’aimantation peuvent être à l’oeuvre :

  • A la période de l’adolescence, avec la complexité qui l’accompagne : pourquoi cette période est-elle propice à ce type d’aimantation ?
  • Auprès de jeunes français qui, pour différentes raisons (psychiques, affectives, sociales, économiques) ont accumulé des sentiments de frustration, d’humiliations, d’absence de légitimité… quelle que soit leur origine ou milieu social. Nous explorerons certaines blessures de l’être qui peuvent déclencher un retournement du besoin vital de lien… en haine dans le lien.
  • La question de la quête religieuse qui revient sur le tapis de l’intime ou du politique et des ressources pour en parler dans une république laïque. Les affirmations d’incompatibilité entre lois divines et lois humaines inquiètent, tandis que la recherche de cadre, de sécurité, d’autorité « divine », voire de vertu idéalisée de certains jeunes témoigne d’une société qui n’a pas vu venir un mal être profond, des angoisses, une révolte et une quête « d’autre chose ».
  • Une réflexion sur les valeurs communes, leur mise en perspective et en pratique.

> Sur le plan des ressources vis à vis de l’Islam, nous ferons un voyage dans le désert, au 7ème siècle, dans cette société tribale où, selon la tradition prophétique, vécu un homme, Muhammad, et émergea un texte, le Coran. Quatorze siècles après, une grande crise. « Au nom de » quoi ? De qui ?
L’approche historique et anthropologique de cette période coranique permet de clarifier l’imaginaire et les besoins de chaque époque et d’éviter certaines confusions malheureuses. Ce retour sur le passé avec les outils des sciences humaines s’appuie sur les connaissances d’historiens et de l’islamologue Rachid Benzine qui s’efforce de rendre sa recherche accessible et utile à tous, communauté éducative, jeunes et citoyens.

> Enfin, nous proposons de manière transversale des apports spécifiques sur les postures professionnelles et des pédagogies opérantes auprès des jeunes dans tout contexte où ceux-ci affichent un positionnement idéologique radical.

Il s’agit ici d’enrichir des logiques éducatives qui s’inscrivent généralement dans une posture de transmission de savoirs, d’apports de connaissances et de valeurs qui à notre sens ne suffisent pas à modifier ces positionnements, et peuvent parfois les renforcer en enfermant l’interlocuteur dans une logique de passivité. Les approches participatives sont en effet, en soi, propices à redonner du pouvoir d’agir aux jeunes, si elles sont maîtrisées par les interlocuteurs.

Les postures participatives à développer s’articulent autour de trois axes principaux :

  • Permettre l’expression
  • Valoriser les singularités
  • Permettre l’expérimentation concrète des valeurs

Résumé des objectifs

  • Acquérir des connaissances sur les phénomènes de radicalisation à partir de différentes approches
  • Etre sensibilisé à l’approche historico-critique de l’islamologue Rachid Benzine et savoir en tirer certaines ressources utiles
  • Mieux appréhender les propos et attitudes des adolescents en lien avec ces phénomènes
  • Mieux savoir comment agir dans une logique de prévention, puis répondre aux situations
  • Développer sa créativité afin de mettre en place des débats, ateliers et projets avec les adolescents

Programme sur deux jours

Les journées sont remaniées en fonction des structures et publics présents, des contextes et des besoins.
La formation peut parfois être condensée en un jour – ou étalée sur 3 jours, chaque contenu étant alors approfondi et les temps de travail de groupe plus nombreux.

1er jour : Analyser les phénomènes

  • L’idéologie de Daesh et les processus d’aimantations. Trois grands types de profils :
    • la psychose, le morcellement et ses logiques (avec un éclairage sur la différence entre conversion mystique et conversion psychotique)
    • le mal-être, blessures, frustrations et quêtes
    • l’idéologie pure et dure, normalisée par le groupe
  • Les valeurs inversées
  • La période de l’adolescence et les phénomènes de radicalisation : un miroir troublant
  • Exclusions, humiliations, discriminations, ruptures : les logiques de l’impuissance face à la société et au monde
  • Tour de table des ressentis et des situations, échanges sur la base d’une méthodologie inclusive et non-violente
  • Apaiser, s’apaiser : exercices de respiration, d’apaisement et d’intégration (pouvant être ensuite proposés à des jeunes)

2ème jour : Enrichir ses leviers méthodologiques et pédagogiques

  • Le corps : stress, traumatismes, pulsionnalité, réactivité. Comment renforcer le sujet, décoloniser du « bruit du monde », recentrer et apaiser l’effet des stress ? Le lien entre calme intérieur, prise de recul et esprit critique.
  • La parole et l’écoute : animer un débat sur des sujets « polémiques »
  • La connaissance : Histoire et anthropologie du 7ème siècle : un autre regard sur les textes religieux. Les croyances d’aujourd’hui dans les pratiques des jeunes. La différence entre les trois langages : scientifique, symbolique et religieux.
  • Les logiques de défense et de re-légitimation sociale : redonner du pouvoir d’agir face à des phénomènes de discriminations et/ou d’auto-exclusion.
  • Mettre en projets : expérimenter des valeurs, créer des objets, cultiver ses émotions et le vivre-ensemble

Pédagogie

> Apports de connaissance (histoire, religions, psychologie, psychopathologie, socio-anthropologie, juridique)
> Supports diversifiés : textes, films vidéos
> Ateliers en sous-groupes
> Débats et temps d’échanges

Un livret de formation est donné aux stagiaires (fil conducteur de la formation, liens, ressources et bibliographie).

Intervenantes

Sandrine Delrieu, sophrologue, sophro-analyste.
Mots clefs : psychanalyse et radicalisations affectives, approche historique et anthropologique du religieux, repères géopolitiques, « apaiser les blessures de l’être, les clivages et la haine », construction du Sujet et pouvoir d’agir.

Florence Lardillon, ingénieur social.
Mots clefs : Lutte contre les discriminations, pouvoir d’agir, parentalité, participation, citoyenneté, laïcité, démarche projet.

Clotilde O’Deyé, socio-anthropologue.
Mots clefs : parentalité, interculturalité, posture professionnelle, jeunesse, pouvoir d’agir, exil, intégration, laïcité, démarche projet.
Anthropos Cultures Associées.

Historique de cette formation

Cette formation a été initiée en 2016 dans le cadre d’un projet « Créer pour résister ensemble » financé par le CGET. Elle fut développée en 2017 en partenariat avec le Rectorat Aix-Marseille (pour des collèges et lycées du Réseau Éducation Prioritaire) et le Théâtre La Cité dans le projet « Jeunes à vif ».
Depuis 2018, la formation est remaniée pour s’adapter à plusieurs contextes (social, éducatif, détention, entreprise…).

Nous contacter

Pour organiser cette formation dans votre structure.

> S. Delrieu : lecerese@gmail.com
> F. Lardillon et C. O’Deyé : lesculturesassociees@gmail.com