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Certaines époques témoignent d’une métamorphose de l’esprit humain et des sociétés, dans ses manières de percevoir, de penser, de (se) représenter le monde et lui-même dans le monde. Dans « Le seigneur des tribus, l’Islam de Mahomet », l’historienne Jacqueline Chabbi explore les « mutations du croire » qui eurent lieu au 7ème siècle dans les tribus du désert d’Arabie.

Il semble que ce 21ème traverse ce même type de période, où l’ensemble des connaissances accumulées en de nombreux domaines, les innovations technologiques, le brassage des cultures et des imaginaires nous invitent à accepter de faire face à un inconnu : ce que nous allons en faire, sur le plan socio-culturel et dans le vivre ensemble, au mieux en suivant des chemins humanisant.

Aucune réponse « toute faite » ne se trouve dans le passé, dans un « ancien système » ou d’anciens fonctionnements. Une créativité peut s’exercer sur le plan des leçons que nous tirons du passé (en observant également le temps long des mutations de civilisation) et dans la manière dont les innovations à venir feront le lien entre de nouveaux imaginaires et de nouvelles manières de faire (dans tous les domaines, éduquer, se soigner, penser le politique… jusqu’aux recherches spirituelles).
La religion musulmane elle-même semble entrer dans une période de mutations intimes dans sa manière d’envisager le croire, en relation avec ses textes, dans ce 21ème siècle.

Petit à petit, à différentes échelles et dans de nombreux domaines, il s’agirait d’accompagner les changements de repères, et d’atténuer les angoisses qui vont parfois avec. Et de construire le sens que nous donnons à ce type de périodes… historiques.
SD.


Extrait. Les mutations du croire

”Que s’est-il vraiment passé dans l’Islam des premiers siècles ? (…) On connait ailleurs, à d’autres époques, de ces âges de grandes mutations des croyances. (…) 

De toutes les crises que doit affronter un groupe social, celles qui touchent au domaine de la croyance produisent un ébranlement collectif le plus profond. Dans les sociétés contemporaines, on a parfois euphémisé le phénomène en parlant simplement de crise des valeurs. C’est que souvent la crise elle-même en vient à se travestir. Ceux qui la vivent n’en veulent pas reconnaître l’insupportable présence.
L’imaginaire collectif est en cause et ce qu’il véhicule de représentations qui fondent l’identité sociale. Pas plus qu’un homme seul, une société ne pourrait sans doute survivre à la perte de tous ses repères.”
Jacqueline Chabbi.
Le seigneur des tribus. L’Islam de Mahomet. Edition Biblis. Page 84.