BIBLIO. Coran, Islam / Éclairer ce qui se radicalise

Cette bibliographie a commencé à être élaborée par Sandrine Delrieu (Le Cerese), Clotilde O’Deyé et Florence Lardillon (Anthropos Cultures Associées) en 2017. Elle n’est pas exhaustive mais tient compte d’ouvrages qui ont fait cheminer notre réflexion. N’hésitez pas à nous envoyer une référence de livre que vous trouvez extrêmement pertinent.

Vous pouvez acheter ces livres en cliquant sur l’image.

Abdelkrim Farid

Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste. Les points sur les i. 2015
« En cherchant Dieu, à travers l’islam, j’avais fini par trouver l’islamisme. Et cet islamisme, le mien, ici, en France, ne m’a pas conduit à Dieu. Il m’en a éloigné et m’a éloigné de moi-même. Pourquoi un gamin sans histoire, brillant écolier a-t-il fini par perdre pied ? Est-ce le décès précoce de son père qui va l’enfermer dans la spirale de la délinquance ? La mort tragique d’un jeune de son quartier l’a-t-elle poussé à devenir islamiste ? Éviter les raccourcis, voilà ce à quoi nous invite Farid Abdelkrim en retraçant son itinéraire riche d’enseignements. Dans ce livre, cet homme désormais libre nous offre un regard inattendu, plein de fraîcheur et sans concession sur notre société. Au fil des pages se déclinent les raisons qui vont amener un adolescent en quête de sens et d’identité à devenir un zélateur acharné. Sont dépeintes quelques-unes des phases qui vont conduire un enfant de la République à devenir apatride. Et en décortiquant les méandres, mais aussi la structure et le modus operandi de l’organisation islamiste des Frères musulmans à laquelle il a appartenu durant plus d’une quinzaine d’années, l’auteur nous raconte pourquoi et comment il va finir par en sortir. Une sortie vers la lumière suivie de ce cri d’espoir salvateur. « Non, raisonnablement, je ne crois plus que Dieu m’ait confié la mission d’annoncer au monde entier que je suis le meilleur sous le seul prétexte que je serais dépositaire de sa religion. Il me semble plutôt que ses enseignements sont une invitation à partager, à condition de les incarner sciemment, des valeurs universelles qui respirent l’incitation à devenir meilleur. » AF

  • « Un muslim qui vous veut du bien ». Une série de vidéos pleine d’humour ICI.

Badiou  Alain, Notre mal vient de plus loin… Penser les tueries du 13 novembre, 2016
Bénichou David, Khosrokhaver Farhad, Le jihadisme : le comprendre pour mieux le combattre, Plon, 2015
Benraad Myriam, chercheuse. L’état islamique pris au mot. Edition Armand Collin. 2017

Benslama Fethi, psychanalyste. 

Un furieux désir de sacrifice, le surmusulman, 2016 (un très bon livre)
« Comment penser le désir sacrificiel qui s’est emparé de tant de jeunes au nom de l’islam ? Cet essai propose une interprétation dont le centre de gravité est ce que j’appelle le surmusulman. Qu’il revête l’aspect d’une tendance ou qu’il s’incarne, il s’agit d’une figure produite par près d’un siècle d’islamisme. Je l’ai décelée dans ses discours et dans ses prescriptions, mais aussi à partir de mon expérience clinique.
La psychanalyse ne consiste pas uniquement à  » thérapeutiser  » des gens à l’abri d’un cabinet. Son enseignement clinique permet d’explorer les forces individuelles et collectives de l’anticivilisation au cœur de l’homme civilisé et de sa morale.
C’est pourquoi, ce qu’on appelle aujourd’hui  » radicalisation  » requiert des approches complémentaires, en tant qu’expression d’un fait religieux devenu menaçant et en même temps comme un symptôme social psychique.
La désignation de surmusulman a ici valeur d’un diagnostic sur le danger auquel sont exposés les musulmans et leur civilisation. C’est la raison pour laquelle cet essai se termine par un chapitre sur le dépassement du surmusulman, en perspective d’un autre devenir pour les musulmans. » FB

La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam. 2002 (plus dur à lire pour ceux qui ne sont pas habitués à la psychanalyse)

Le djihadisme des femmes, Seuil, 2017 (avec Khosrokhaver Farhad)
« Elles sont environ cinq cents à avoir choisi de rallier Daech. Comment penser ce phénomène et l’ampleur qu’il a prise en Europe, au point que, en 2015, le nombre de candidates au départ est devenu presque égal à celui des hommes ? Quelles sont les motivations et les aspirations de ces jeunes femmes et parfois toutes jeunes filles ? En mettant en œuvre d’une manière complémentaire les approche sociologique et psychanalytique, ce livre propose d’abord des analyses qui se fondent sur des critères objectifs (âge, classe sociale, lieu de résidence, culture musulmane ou conversion, etc.). Il éclaire ensuite les ressorts subjectifs de l’adhésion à ce régime violemment oppressif qui dénie aux jeunes femmes les acquis de l’émancipation féminine mais leur donne paradoxalement le sentiment d’exister enfin en tant qu’épouse de combattant et mère de « lionceaux », promis au combat comme leurs maris le sont à la mort. Il faut s’intéresser à l’attrait qu’exerce une telle régression car il est probable qu’il constitue l’un des marqueurs de notre modernité. » FB et FK

Rachid Benzine, islamologue

Rachid Benzine a développé une manière de raconter à tous, jeunes et professionnels, des connaissances permettant d’éclairer la période coranique, période où Muhammad s’adressa à la société tribale de son époque, au 7ème siècle dans le désert d’Arabie Occidentale. Cette parole fut rassemblée dans un livre, le Coran, devenant le livre fondateur de la religion islamique.
Cette approche historique, anthropologique et linguistique des débuts permet de poser du discernement sur les « origines » et de déconstruire les « fantasmes des origines » construits après-coup pour des raisons politiques ou théologiques. Parmi ses ouvrages :

Finalement, il y a quoi dans le Coran ? La boite à Pandore 2017 (avec Ismael Saidi)
Très pédagogique, ce livre a été écrit pour transmettre aux jeunes, aux familles et aux éducateurs des notions très claires sur l’éclairage historique et critique vis à vis du texte du Coran et de l’époque du 7ème siècle. Il permet de comprendre également les transformations que les traductions font subir au Coran.

Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? Seuil 2016
Fiction théâtrale, dialogue entre un père et sa fille partie rejoindre Daesh en Irak.
Vous pouvez télécharger le dossier pédagogique des Lettres à Nour, utile aux enseignants, éducateurs…
« Je suis, depuis des mois, travaillé par une question lancinante, qui revient cogner en moi comme une migraine, récurrente, familière. Pourquoi de jeunes hommes et jeunes femmes, nés dans mon pays, issus de ma culture, dont les appartenances semblent recouvrir les miennes, décident-ils de partir dans un pays en guerre et de tuer au nom d’un Dieu qui est aussi le mien ? Cette question violente a pris une dimension nouvelle le soir du 13 novembre 2015, quand cette évidence effrayante m’a déchiré intérieurement : une partie de moi venait de s’en prendre à une autre partie de moi, d’y semer la mort et la douleur. Comment vivre avec cette déchirure ? Ainsi a pris forme, peu à peu, ce dialogue épistolaire entre un père et sa fille partie faire le djihad… Ce dialogue impossible, difficile, je l’ai imaginé.  » RB

Le Coran expliqué aux jeunes, Seuil, 2013
Malgré le titre, ce livre est plutôt universitaire. Il pose les fondements de la démarche.
« Le Coran : tout le monde en parle, mais qui le connaît vraiment ? Ce livre révèle au grand public un Coran méconnu, souvent par les musulmans eux-mêmes. Avec méthode et clarté, Rachid Benzine met à la portée de tous les clés de sa lecture et de sa compréhension. Comment la révélation du Coran est-elle survenue ? Dans quel monde est-il apparu ? À qui s’adresse-t-il ? Qui était Muhammad ? Comment la prédication orale des débuts est-elle devenue ce livre dont se réclament aujourd’hui plus d’un milliard de nos contemporains ? Quels enseignements le Coran délivre-t-il ? S’agit-il d’un texte violent ? Quels sont ses points communs avec la Bible ? Un livre pour découvrir comment le Coran est devenu, en surgissant dans l’histoire, une source d’inspiration spirituelle et de transformation sociale. » RB

Bergeaud-Blackler Florence. Le marché Halal ou l’invention d’une tradition. Seuil
Bidar Abdenour, Quelles valeurs partager et transmettre aujourd’hui ?, 2016
Birnbaum Jean, Un silence religieux, la gauche face au djihadisme, 2016
Bouzar Dounia, Farid Benyettou, Mon djihad, intinéraire d’un repenti, Autrement

Chabbi Jacqueline, historienne, professeur d’études arabes à l’université de Paris VIII-Saint-Denis.

Les trois piliers de l’Islam, lecture anthropologique du Coran. Edition Seuil. 2016
« Alors que le Coran fait l’objet, dans les courants salafistes et dhjihadistes, d’une interprétation atemporelle et anhistorique, cet ouvrage passionnant a l’ambition de donner à comprendre ce que le discours coranique de Mahomet, qui était alors loin d’être fixé par écrit, a pu signifier pour ceux qui l’ont entendu, dans la société sans livre qu’était l’Arabie du début du viie siècle. L’originalité de cette approche consiste ainsi à déchiffrer le Coran à la lumière d’un contexte historique et anthropologique précis, celui de tribus vivant selon des rapports de solidarité et d’alliance pour faire face à l’environnement éprouvant du désert. Jacqueline Chabbi montre avec brio, et une connaissance approfondie de la langue coranique, que les trois caractéristiques principales du divin correspondent aux trois piliers de la société tribale : l’alliance, la guidance et le don. Pour ce groupe humain patriarcal du désert, Dieu est représenté avant tout comme celui dont l’alliance, la guidance et le don répondent aux nécessités vitales imposées par l’environnement. Outre que cet éclairage permet d’élucider un nombre considérable de notions et de distinguer celles qui sont d’origine biblique, il renouvelle totalement le sens de celles qui ont été figées par une certaine doctrine musulmane (djihâd, charia notamment). Car il ne s’agit pas, en découvrant des significations en relation avec un terrain chronologiquement premier, de figer les mots dans leur sens d’origine mais au contraire de faire apparaître combien ils ont pu évoluer au fil du temps et des transformations sociales. » JC

Le Seigneur des tribus. L’Islam de Mahomet. Edition Biblis. CRNS. 2013
« L’islam contemporain, religion mondiale, présente sur les cinq continents, se revendique souvent de son passé. Mais quels furent ses débuts ? Comment est apparu le Coran ? Dans quel monde ? À qui s’est-il d’abord adressé ?
C’est à ces questions que répond Jacqueline Chabbi dans une enquête à la fois anthropologique et linguistique, historique et sociale sans précédent. Le texte est ici replacé dans son contexte. Il est lu en regard des sources arabes qui l’ont précédé. Il est lu en regard des territoires, paysages, peuples, institutions, pratiques religieuses, politiques, culturelles au sein desquels il a émergé. Il est lu en regard de la façon dont il a été initialement perçu et reçu.
C’est donc à découvrir un islam premier, singulièrement méconnu, que s’attache l’ouvrage. Plus de quinze ans ont passé depuis l’édition initiale de ce livre sans que les hypothèses qui y sont formulées sur  » l’islam de Mahomet  » aient été démenties. » JC

Le Coran décrypté. Cerf. 2014
« Comment faut-il lire, au regard du monde où il est apparu, le livre sacré de ce qui est devenu une des grandes religions planétaires ? Que nous dit le Coran, non pas du point de vue de la théologie, mais de l’histoire ? Quel rôle jouent dans l’itinéraire de Mahomet les figures de Noé, Abraham ou Moïse, prophètes de la Bible ? Qu’en a-t-il été du premier islam dans son milieu d’origine ? Jamais sans doute ce texte fondamental n’avait été lu de la sorte, dans son contexte. Mettant à profit tout son immense savoir des civilisations et des langues anciennes, Jacqueline Chabbi jette ici un éclairage saisissant et inédit, dont les lumières ne portent pas que sur le passé mais nous permettent aussi de comprendre le présent. » JC

Damaisin d’Arès Jean-Christophe, Terrorisme islamiste, recrutement et radicalisation, nos enfants sont concernés, 2016
Gaillard Jean-Paul, Enfants et adolescents en mutation : Mode d’emploi pour les parents, éducateurs, enseignants et thérapeutes, 2009
Gauchet  Marcel, Les ressorts du fondamentalisme islamiste, 2015 (article)
Haddad Gérard. Dans la main droite de Dieu. Psychanalyse du fanatisme. Edition Premier Parallèle, 2015

Hicham Abdel Gawad, formateur et enseignant

Les questions que se posent les jeunes sur l’Islam, La boite à Pandore, 2016
Un livre très intéressant pour les enseignants, éducateurs, parents…
« Un livre utile et ouvert pour créer un dialogue sain et constructif. Enseignant impliqué, ouvert et érudit, Hicham Abdel Gawad a repris dans son livre les 10 questions les plus posées par ses élèves, âgés de 12 à 18 ans. Ses réponses, son approche dynamique, respectueuse de tous, font de ce livre un grand espace de découverte et de dialogue pour musulmans et non musulmans. Un livre facile d’accès, en phase avec les socles de compétences. »

Comment réagir face à une personne radicalisée ? La boite à Pandore, 2017 (avec Laura Panzoni)
« Comment dialoguer avec une personne plongée dans la radicalisation ? Comment trouver la porte d’entrée d’un dialogue qui mène à la discussion et à un processus de retour vers  » un vivre ensemble  » de personnes qui refusent celui-ci ? C’est à ces questions terriblement d’actualité dans les écoles, les centres sportifs, les groupes de jeunes que les auteurs répondent et proposent des pistes de réfléxion et d’action.
Laura Passoni, qui a été radicalisée jusqu’à partir en Syrie, dialogue ici avec le professeur Hicham Abdel Gawad. Elle apporte les éléments qui ont conduit à son processus de radicalisation, explique son parcours de pensée et son approche aujourd’hui.
Le professeur Hicham Abdel Gawad, lui, amène les éléments pratiques pour comprendre ce discours véhiculé par les extrémistes. Il le déconstruit tout en respectant la Foi de son interlocuteur (il n’est pas question ici de vouloir rendre athée qui que ce soit) et amène à une perception qui permet le  » vivre ensemble ».

Hoffner Anne-Bénédicte. Les nouveaux acteurs de l’Islam. Bayard. 2016
Josset Raphaël, La complosphère, Lemieux, 2015
Kepel  Gilles, Terreur dans l’Hexagone, 2015 / Passion Française, 2014
Khosrokavar Farhad, La radicalisation, 2014
Luizard Pierre-Jean, Le piège Daech, Poche 2017
Maalouf Amin, Les identités meurtrières, 1998
Le dérèglement du monde, 2009
Mucchielli Laurent, La violence des jeunes en question, Champ Social, 2009, en collaboration avec V. Le Goaziou.
Nathan Tobie. Les âmes errantes. L’iconoclaste. 2017

Riffi Daoud, enseignant, historien, éditeur aux éditions Tasnîm

Vous trouverez ICI un article de Daoud Riffi sur le wahhabisme et son évolution, depuis la création de ce mouvement par Abdel Ibn Wahhad (1703/1792) jusqu’à aujourd’hui.
« Condamné à ses débuts comme une innovation et une hérésie, souvent confondu avec le salafisme, le wahhabisme saoudien demeure mal connu. » Cet article apporte des éclairages essentiels pour expliquer au jeunes ce qu’est l’invention d’une tradition ».

Roy Olivier, Le Djihad et la mort, 2016
Thomson Daniel, Les Revenants, Seuil, 2016
Trévidic Marc, Terroristes, les 7 piliers de la déraison, 2014




BIBLIO. Laïcité, histoire, contextes et lois.




HISTOIRE. Rencontre avec l’historien Daoud Riffi à propos du wahhabisme

L’article est publié sur le site des Cahiers de l’Islam. Très utile pour mettre les points sur les i du wahhabisme, et de ce qu’il a malmené depuis le 18ème siècle au sein de la religion islamique.

« Condamné à ses débuts comme une innovation et une hérésie, souvent confondu avec le salafisme, le wahhabisme saoudien demeure mal connu. Afin d’y voir plus clair, Daoud Riffi, professeur d’histoire et de géographie, chercheur en histoire du monde arabe contemporain, éditeur (éditions Tasnîm) et cofondateur de la librairie militante Lumières d’Orient , revient sur les origines du wahhabisme .

Entretien réalisé par Jihâd Gillon et publié, précédemment, sur le site Querelles d’Orient.

Pouvez-vous évoquer les origines de Abd al-Wahhab et son parcours « intellectuel » ?

Muhammad Ibn Abd al Wahhab est un imam et prédicateur né en 1703 à ‘Uyayna dans la région du Najd, au cœur de l’Arabie. Le Najd, dépourvu d’intérêt stratégique à l’époque, est alors aux marges de l’Empire ottoman. Il est le fils et le petit-fils de savants ayant fonction de juge pour les oasis de la région.

Du fait de son origine familiale il était logique qu’il étudie auprès de oulémas, notamment issus du même milieu hanbalite : comme l’exige la tradition de voyage à des fins de connaissance, il se rend pour cela à La Mecque, Médine et Bassorah, tous proches de son Najd natal. Remarquons d’emblée que son parcours estudiantin est finalement limité.

Géographiquement d’abord : il est alors courant pour un tâlib, un étudiant, de parcourir des contrées bien plus grandes – vers Al-Azhar en Égypte, voire la Qarawiyyine marocaine ou encore l’Inde – à la recherche de la science.

Qualitativement ensuite : même les hagiographes saoudiens du cheikh wahhabite ne font pas mention de notables ijâzâtes – ces fameuses licences obtenues auprès des maîtres permettant à l’étudiant de transmettre lui-même. Seuls trois savants sont cités par les biographes. Ses environnements géographique et intellectuel furent donc limités à sa région d’origine.

On entend souvent dire que le wahhabisme s’attache à une lecture littérale des textes.

Parler de littéralisme pour cette doctrine est à la fois inexact et périlleux. C’est d’ailleurs un préjugé ayant la vie dure puisque les observateurs européens de l’époque ont déjà l’impression que le wahhabisme est un retour au « mahométisme le plus pur », selon l’expression de l’explorateur William Gifford Palgrave (m. 1888).

Périlleux d’abord : le littéralisme, comme son nom l’indique, implique que l’on s’attache à la lettre même du message. Cela revient à dire que les « non-wahhabites » ne sont pas littéralistes, ne respectant donc pas la lettre du Coran et suivant ainsi leurs interprétations personnelles : c’est exactement le discours que tiennent les wahhabites et on les conforte là dans leurs prétentions à être seuls attachés de manière authentique au message coranique.

Inexact ensuite : le wahhabisme est en réalité une lecture, erronée pour partie et très limitative, d’une certaine variante du hanbalisme.

Rappelons que la jurisprudence sunnite est organisée autour de quatre écoles juridiques, dont le hanbalisme. On présente souvent, à tort là aussi, l’école hanbalite comme plus rigoriste que les trois autres – hanafite, malékite, chaféite (renforçant l’idée que le wahhabisme, avatar du hanbalisme, serait un littéralisme).

Le savant damascène Ibn Taymiyya (m. 1328), qui a tant fait parler de lui, appartenait à cette école : il sera le modèle d’Ibn Abd al-Wahhab. Ibn Taymiyya a créé la polémique autour de certaines de ses positions, juridiques et théologiques, ce qui lui valut la prison (où il mourra d’ailleurs). Mais malgré ces positions qui attirèrent sur lui les foudres des savants de toutes époques, il resta cependant un savant inscrit dans le cadre de l’islam classique, y compris dans son rapport au soufisme (alors même que ses positions pouvaient être rigides dans ce domaine) : il était d’ailleurs affilié à la confrérie Qadiriyya. Le grand traditionniste (muhaddith) Ibn Hajar al-Asqalani (m. 1449) affirme même qu’Ibn Taymiyya, avant sa mort, s’est repenti devant témoin de ses positions, en particulier théologiques.

Toujours est-il qu’Ibn Abd al-Wahhab se rattachera, non à la tradition hanbalite en tant que telle, mais à une certaine lecture qu’il fait d’Ibn Taymiyya, notamment de ses positions problématiques et de sa démarche globale : sa prétention à revenir directement aux Sources islamiques (Coran, Sunna), en dépassant les querelles d’écoles juridiques (d’où l’apparent littéralisme) et en s’opposant ainsi à l’imitation des positions adoptées par celles-ci (al-taqlîd).

Ibn Taymiyya sera sa référence, mais le maître damascène était un savant, contrairement à l’ »élève » posthume. Le hanbalisme wahhabite est donc doublement limité : c’est un néo-hanbalisme, via un Ibn Taymiyya lui-même revisité.

Retour aux sources oblige, Abd al-Wahhab revendiquera également le droit à pratiquer l’ijtihâd (l’interprétation personnelle) dans le domaine juridique, se plaçant ainsi dans la grande tradition des savants majeurs de l’islam, droit que lui dénieront toujours ses opposants.

Cette prétention d’un retour aux sources, au-delà de la vision idéalisée que l’on en a souvent et de son aspect a priori vivifiant, est en réalité la racine du mal et porte en elle les germes de son hétérodoxie. Car ce retour implique nécessairement le rejet des méthodes héritées de la tradition savante des siècles passés, bien qu’Ibn Abd al-Wahhab se soit toujours défendu d’innover, se réclamant ouvertement du hanbalisme.

C’est ce rejet de la tradition qui fonde la paradoxale modernité du wahhabisme et portera un coup fatal aux structures socio-intellectuelles du monde musulman, lourd de conséquences aujourd’hui encore.

Le wahhabisme n’est donc pas littéraliste au sens strict – ses partisans interdisent souvent des actes ayant bien un fondement scripturaire – mais il défend une certaine interprétation des Sources qui, pour partie, est anti-traditionnelle, en ce sens qu’elle déroge aux normes fondamentales d’extraction des règles à partir de ces Sources. C’est cette hétérodoxie foncière qui justifiera la violente campagne menée depuis toujours par leurs opposants au sein de la classe des ulémas.

Les savants de l’époque vont s’attacher à réfuter les thèses d’Abd al-Wahhab, qu’ils qualifient d’hérétique.

Oui, à commencer par Sulayman Ibn Abd al-Wahhab, le propre frère du cheikh wahhabite. Cette histoire des réfutations est d’ailleurs encore dans une large mesure à faire, même si Hamadi Redissi, dans son « Pacte de Nadjd », en a posé les jalons.

L’opposition savante va essentiellement prendre la forme de fatwa-s et de lettres récapitulant les causes de condamnation de l’agitateur najdite. L’amplitude des réactions – les savants écrivent depuis le Maroc jusqu’en Inde – est liée à une triple cause.

D’abord l’agitation wahhabite a lieu en Arabie, à proximité des lieux saints : les pèlerins du monde entier, confrontés aux troubles que le mouvement génère (les wahhabites font notamment le blocus autour de La Mecque et empêchent l’arrivée des pèlerins), annonceront donc la nouvelle dans leurs contrées d’origine. C’est ensuite l’ampleur elle-même des actes commis par les wahhabites qui explique la réaction internationale : destructions de sanctuaires religieux (tombes de saints notamment ; ils vont même tenter de détruire celle du Prophète) ; pillages et massacres ; remise en cause de l’autorité publique (affiliée à l’Empire ottoman) en décidant d’appliquer de facto des sentences (y compris la peine capitale) sans recours aux tribunaux existants, etc.

C’est enfin la stratégie même du prédicateur najdite qui va provoquer les réactions, stratégie qui en dit long sur sa vision du monde musulman et de lui-même. Dans sa prétention à reproduire la geste prophétique, il va envoyer aux chefs religieux des différentes contrées musulmanes des lettres les avertissant de son « message » (à l’instar du Prophète qui avait envoyé des lettres aux dirigeants – non musulmans eux – entourant l’Arabie) et les enjoignant à la conversion. Ce simple acte est une insulte pour les savants puisqu’il place Ibn Abd al-Wahhab dans le sillage du Prophète et eux-mêmes dans celui des souverains non-musulmans de son époque. C’est, en substance, un acte d’excommunication qu’il fait là, ou au minimum une remise en cause de leur orthodoxie.

Extrait des "Trois fondements/principes" (al-Usûl al-thalâtha) de Muhammad Ibn Abd al Wahhab/wikipedia

Extrait des « Trois fondements/principes » (al-Usûl al-thalâtha) de Muhammad Ibn Abd al Wahhab/wikipedia

Les répliques savantes – dont l’intitulé récurrent parle de lui-même : « Réfutation (radd) de l’égaré qui égare… » – tournent généralement autour des mêmes condamnations. Elles accusent Ibn Abd al-Wahhab de bid’a (innovation blâmable), lui reprochent sa pratique injustifiée de l’ijithâd en contradiction flagrante avec les avis juridiques des quatre écoles, son exclusivisme qui impose une doctrine rigide et unique, ses erreurs méthodologiques graves qui conduisent à l’excommunication, son insolence envers le Prophète, son appel injustifié du jihâd et au meurtre de musulmans, etc.

À ces condamnations écrites par des savants géographiquement éloignés s’ajoutent le « Radd », la réfutation, du frère d’Ibn Abd al-Wahhab, Sulayman (qui taxe le chef wahhabite d’ignorant et d’incompétent).

Relevons enfin celle du savant Ibn Zayni Dahlan (m. 1886), mufti shafiite de la Mecque, auteur entre autres du célèbre « Fitnatu -l wahhabiyya » (« La Sédition wahhabite »). Celui-ci assimile les wahhabites aux kharijites évoqués par le Prophète de l’Islam dans un fameux hadîth (« Ils sont sortis de l’islam plus vite que la flèche ne sort de l’arc »). Les kharijites sont dans l’histoire musulmane le symbole de la sédition hérétique et de la violence aveugle : l’assimilation des wahhabites à ce groupe sera une constante jusqu’aujourd’hui. À cela s’ajoute, dans beaucoup de critiques faites au mouvement, l’évocation de dits prophétiques condamnant le Najd comme le lieu d’où doivent surgir troubles, séditions et faux prophètes.

Sur quoi se fonde cette pratique, particulière au wahhabisme, de l’excommunication, du takfir ?

Cette tendance à l’excommunication (plus ou moins forte selon les tendances internes à ce mouvement) repose sur deux innovations.
– La première innovation, dans le domaine théologique, est initiée par Ibn Taymiyya mais Ibn Abd al-Wahhab la reprendra à son actif. Elle consiste en une subdivision du credo musulman – al tawhîd, l’unicité divine – en deux éléments à observer : la proclamation de l’unicité divine en sa qualité de seigneurie (tawhîd al-rububiyya) et en sa qualité de divinité (tawhîd al-ulûhiyya). Concrètement, et pour résumer, il est possible, selon les wahhabites, de reconnaître la souveraineté divine tout en restant polythéiste car on commet un acte qui relève de la divinisation d’une créature : ils visent ici ceux qui recherchent l’intercession des saints. Cette subdivision, condamnée par de grands savants, tel l’azharite Yusuf al-Djiwi (m. 1946), va contribuer à exclure de l’islam toute une partie des musulmans.

Deuxième innovation, liée à la précédente, dans le domaine juridique : la confusion dans le statut des actes. Là aussi le reproche sera fait par les savants du vivant même d’Ibn Abd al-Wahhab : les wahhabites confondent en effet dans leurs jugements ce qui relève de l’orthopraxie – les questions de fiqh (jurisprudence) – et ce qui relève de l’orthodoxie – le credo. En droit sunnite, le musulman qui pèche ou qui pratique de manière incorrecte un rite pourra être considéré tantôt comme pécheur, tantôt comme innovateur. Aux yeux du wahhabisme par contre il pourra entrer dans la catégorie du renégat, du kâfir. Cette grave erreur – symptôme d’incompétence foncière d’Ibn Abd al-Wahhab pour les oulémas – aura concrètement des conséquences dramatiques dès l’époque, en particulier dans la véritable guerre qu’Ibn Abd al-Wahhab va mener contre le soufisme et les pratiques populaires associées, à tort ou à raison, au soufisme.
Ces pratiques consistent souvent, entre autres, en la visite faite aux tombes de saints défunts dans l’espoir de s’exposer à leur baraka, bénédiction, ou d’obtenir leur intercession (al-tawassul). Si des controverses entre savants ont toujours existé concernant le statut de l’intercession – on trouve des arguments des deux côtés et des grandes autorités pour ou contre – elles vont prendre un nouveau statut avec le wahhabisme. Alors que les savants du passé qui jugeaient ces pratiques répréhensibles les faisaient entrer dans la catégorie du harâm ou du makrouh – l’interdit ou la forte réprobation – pour Ibn Abd al-Wahhab il s’agit de shirk, d’associationnisme, faisant donc sortir la personne ipso facto de l’islam. La recherche d’intercession, de baraka, etc., ne relève alors plus des questions de fiqh, mais désormais de credo.

Ajoutons à cela le fait qu’Ibn Abd al-Wahhab s’arroge le droit de juger, d’appliquer des sentences et de proclamer le jihâd – surtout depuis son alliance avec le chef des Saoud, Muhammad Ibn Saoud (m. 1765) – et l’on devinera les conséquences d’une telle idéologie d’excommunication : les wahhabites déclareront licites de tuer les musulmans, renégats selon eux, dans ce qu’ils estiment être un nouveau jihâd. On mesure la terrible actualité de cette histoire, même si les mouvements takfiristes actuels ont donné un aboutissement encore plus extrême à cette idéologie.

La fin de la seconde Guerre mondiale marque pour vous le début d’une seconde phase du wahhabisme, avec l’entrée de l’Arabie saoudite sur la scène internationale.

Oui en effet. Historiquement on peut dire que le wahhabisme a été renforcé par deux alliances : celle entre Ibn Abd al-Wahhab et Muhammad Ibn Saoud d’une part et celle entre Franklin D. Roosevelt et Abd al-Aziz Ibn Saoud d’autre part. 

– La première alliance, en 1745, avait assuré à la doctrine religieuse un bras armé dont la fonction était d’incarner la force politique et militaire du wahhabisme, ce dernier étant strictement religieux. D’où les deux dynasties structurant jusqu’à aujourd’hui l’Arabie saoudite : les Ahl al-Shaykh, élite religieuse descendante d’Ibn Abd al Wahhab, et celle des Saoud, la monarchie au pouvoir.

Roosevelt avec le roi Al-Saoud sur le croiseur Quincy William Leahy sur le Quincy en 1945/Wikipedia

Roosevelt avec le roi Al-Saoud sur le croiseur Quincy William Leahy sur le Quincy en 1945/Wikipedia

– La seconde alliance, entre le président américain et le roi saoudien en 1945, aura pour conséquence la pérennisation de ce pouvoir par un double élément. D’abord l’Arabie saoudite sort de la sphère d’influence britannique pour rejoindre celle des États-Unis ; rappelons-nous que les chefs arabes s’étaient alliés à l’Angleterre contre l’Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Avec l’alliance américano-saoudienne, les Saoud s’assurent la protection de la future première puissance mondiale.

Ensuite, avec la découverte du pétrole, cette alliance va devenir un partenariat économique durable, achevant l’impunité saoudienne à tous les niveaux.

Protection politique, puissance économique : l’Arabie saoudite est durablement installée comme un État respectable à part entière. Ce que montrent tout récemment encore les contrats de dix milliards d’euros signés à Riyad par Manuel Valls, si « regardant » pourtant sur la question de l’islam en France…

Les autorités saoudiennes se défendent en arguant que le wahhabisme fait partie de leur tradition. C’est pourtant un mouvement religieux bien peu traditionnel.

Avec le wahhabisme nous sommes dans le cadre de ce que l’on peut appeler « l’invention d’une tradition », pour reprendre une expression de l’historien Eric Hobsbawm. En effet, comme expliqué précédemment, le wahhabisme, dès son origine, entre en rupture avec une tradition islamique pluriséculaire. 

Pour comprendre cela il faut revenir sur ce qui constitue La tradition à l’époque, c’est à dire l’orthodoxie sunnite héritée (ahl al-sunna wa al-jamâ’a). Celle-ci se concentre autour de trois éléments qui englobent l’entièreté de la vie religieuse du croyant : la foi, le droit, la spiritualité.
Ces trois domaines trouvent leurs sources dans le fameux « hadith Jibril », ainsi nommé car il narre un dialogue entre le Prophète et l’ange Gabriel (Jibrîl en arabe), qui prit apparence humaine pour l’occasion. Parmi les questions posées par l’ange au Prophète on retiendra les « qu’est-ce que al-îmân [la foi], al-islâm [la soumission à Dieu] et al-ihsân [l’excellence] ? ». Ces trois éléments fondamentaux donneront naissance aux trois grands domaines de la connaissance en islam, avec chacun sa méthodologie, ses grandes autorités et son vocabulaire spécifique :

– la théologie (îmân) avec ses trois écoles ;
– le droit (islâm) avec ses quatre écoles ;
– la spiritualité (ihsân) avec ses « écoles » que sont les confréries soufies.

La « sortie » de la tradition opérée par le wahhabisme aura lieu dans ces trois domaines fondamentaux : par leur critique des interprétations du dogme faites par les écoles théologiques (les wahhabites auront une tendance marquée à l’anthropomorphisme) ; par leur relativisation, voire leur condamnation, des écoles juridiques (madhab-s) ; par leur détestation de toutes les confréries soufies.

Une fois l’Arabie conquise, en 1925, le travail conjugué du pouvoir politique (renforcé par les pétrodollars) et religieux (avec la dynastie des Ahl al-Shaykh) sera de normaliser le wahhabisme et de convaincre qu’il n’est pas une innovation mais bien l’islam des salaf-s, des premières générations de l’islam : le « salafisme ».

Pour cela le royaume wahhabite va étendre sa propagande :

– par le financement de fondations religieuses dans le monde et d’ouvrages dans toutes les langues ;
– par la diffusion du message auprès des pèlerins (qui reviennent systématiquement avec des livrets wahhabites) ;
– par la création d’universités qui copieront les modèles préexistants, en particulier celui d’al-Azhar en Égypte. Ces universités, au mode de fonctionnement moderne, sont aujourd’hui encore un outil majeur dans la « wahhabisation » du monde musulman.

Car il faut insister là-dessus : il n’y avait aucune tradition de « ilm », de connaissance religieuse forte, dans l’Arabie centrale avant Ibn Abd al-Wahhab. Les historiens et biographes arabes du XIXe siècle comme les chercheurs occidentaux actuels s’accordent pour dire qu’il n’y a pas à l’époque de filiation intellectuelle reliant le Najd à la grande tradition hanbalite médiévale de Syrie ou d’Irak. Pour reprendre l’expression du chercheur Nabil Mouline, Ibn Abd al-Wahhab était « l’homme de quelques livres ». Les étudiants najdites d’alors étaient contraints de voyager pour étudier car il n’y avait pas de savants faisant autorité dans leur région. Entendons « savants » au sens d’hommes de sciences transmetteurs de sanad-s, ces chaînes de transmission qui seules accordent une légitimité au savant.

Fait notable : jusqu’au début du XXe siècle les biographes officiels du prédicateur najdite ne chercheront pas à éluder cette absence de légitimité scientifique. L’unique bagage intellectuel livresque d’Ibn Abd al Wahhab, le couple « Ibn Taymiyya-Ibn al-Qayyim » (élève du premier), était parfaitement assumé. Il faudra attendre la prise de pouvoir définitive des Saoud en Arabie, en 1925, pour que l’on commence à chercher une légitimité plus ancienne. C’est à ce moment que commence l’invention de la tradition.Dans « Les Clercs de l’Islam », Nabil Mouline montre bien comment s’est élaborée cette orthodoxie wahhabite, par une institutionnalisation artificielle de la secte d’hier. Les oulémas-historiens officiels vont construire de toute pièce un passé intellectuel au Najd, forgeant des sanad-s sans preuve scripturaire. C’est le cas par exemple des travaux du cheikh Abdallah Bassam, contraint de s’appuyer sur des récits populaires évoquant des miracles pour justifier les incohérences historiques de son travail, un comble pour des hommes qui détestent l’évocation de récits surnaturels ! Parallèlement est élaborée une pseudo-histoire : celle d’un monde musulman, en particulier l’Arabie, où les populations seraient retombées dans un paganisme pire que celui de la Jahiliyya, l’anté-islam. Les élites n’auraient été quant à elles que composées de « savants-ignorants », imitateurs des erreurs juridiques passées et de soufis innovateurs. Le salut ne serait donc dû qu’à la doctrine d’Ibn Abd al-Wahhab et à l’épée des Saoud. La tradition est désormais inventée.

Par quels processus ce wahhabisme est-il en train de s’imposer comme l’islam orthodoxe ?

Il y a plusieurs causes à cette « réhabilitation de l’hérésie », selon l’expression de Hamadi Rédissi. D’une part nous avons vu que, pétrodollars et contrôle des Lieux saints aidant, l’Arabie saoudite avait tous les moyens pour étendre sa propagande : par l’aide financière apportée à l’édition d’ouvrages, la construction de mosquées et de centres islamiques partout dans le monde.

Un second élément sera déterminant dans l’audience sans cesse accrue des idées wahhabites : la destruction des structures socio-culturelles des sociétés musulmanes.

Ici le rôle de la colonisation sera central notamment dans les colonies françaises. Pour résumer, on peut dire que la colonisation crée deux ruptures.

– D’abord, en s’appuyant sur certains acteurs officiels de l’islam institutionnel (oulémas, chef de confréries…), les autorités coloniales vont alimenter les préjugés véhiculés par les intellectuels partisans d’une réforme de l’Islam. Ces préjugés font des savants officiels et des confréries soufies des relais coloniaux et la source d’abrutissement des populations. Les conséquences de la stratégie coloniale seront dramatiques : cela va définitivement discréditer les institutions religieuses traditionnelles, perçues comme collaborationnistes [1], ouvrant ainsi la porte à de nouveaux acteurs qui véhiculeront les idées wahhabites.

– Deuxième rupture : la colonisation achève le processus de pénétration de la modernité en pays de l’Islam – modernité portant en elle les germes de destruction de la tradition.

Modernisation des sociétés et évacuation des anciennes élites traditionnelles laisseront le terrain libre à une figure inédite qui deviendra centrale dans le paysage islamique et dans sa « wahhabisation » : l’intellectuel (muthaqqaf). Ce muthaqqaf est un « touche à tout » : tantôt journaliste, tantôt écrivain, tantôt penseur, tantôt militant politique. Il va progressivement remplacer le savant.

Il serait trop long de relever ici l’importance que ces intellectuels vont avoir dans l’introduction du wahhabisme dans la sphère de l’orthodoxie, mais notons simplement que ceux-ci vont jouer un rôle majeur dans les mouvements indépendantistes qui prendront le pouvoir après la colonisation. À l’indépendance c’est leur vision de l’islam qui sera très largement promue : en particulier la relativisation de l’héritage juridique traditionnel et la détestation du soufisme (notamment populaire). Ils participeront à la construction de l’histoire mythologique dont je parlais, où l’islam traditionnel sera présenté comme la source de la déchéance du monde musulman et de son « retard » dans son « développement » face à l’Occident. Le « progrès », en particulier technique, deviendra l’obsession des intellectuels du monde arabe, au moment même où, en Europe, des voix se font entendre pour dénoncer les dérives de la modernité… mais cela est une autre histoire. »

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[1] Cette remise en cause d’un prétendu collaborationnisme foncier des élites traditionnelles (savants et soufis) reste à faire. Différents travaux d’historiens permettent cependant d’affirmer que cette vision est largement exagérée, pour ne pas dire fausse. Le confrérisme soufi en particulier sera la force majeure du jihad lancé contre les armées coloniales. La colonisation de l’Afrique du Nord par exemple, voit une forte opposition des confréries qui seront dans la ligne de mire des autorités coloniales : Kattâniyya, Rahmâniyya, Sanûsiyya par exemple. La figure de l’émir Abdel Kader étant la plus illustre, mais non la seule.




LIVRE. Loyauté radicale « Dans certains quartiers, la haine de soi est très forte »

Article vu sur Libération.

Fabien Truong «Dans certains quartiers, la question de la haine de soi est très forte»
Par Sonya Faure

Dans son livre « Loyautés radicales », le sociologue Fabien Truong dresse le portrait de cinq jeunes musulmans de Grigny et de Seine-Saint-Denis, et construit une « ethnographie post mortem » d’Amedy Coulibaly.

 

Il dit avoir voulu « rencontrer Allah par le bas ». Le sociologue Fabien Truong a passé près de deux ans auprès de cinq jeunes garçons de Seine-Saint-Denis et de Grigny (Essonne) pour mieux comprendre l’attrait de l’islam et de la séduction de l’idéologie du martyr parmi une partie de la jeunesse des quartiers français. « Seul Blanc sur la dalle, seul végétarien à ne pas goûter aux merguez halal », il déploie son « art de l’écoute » dans Loyautés radicales, l’islam et les « mauvais garçons » de la Nation (La Découverte). Il y fait aussi le portrait posthume d’Amedy Coulibaly, qui grandit à Grigny et tua, il y a trois ans, une policière et quatre clients juifs de l’Hyper Cacher.

Qui sont les « mauvais garçons » de la Nation auxquels vous consacrez un livre ?

Des garçons dont la trajectoire – des parents nés hors de l’Hexagone, une enfance dans les cités dites « sensibles », un passage par la délinquance – est devenue l’emblème d’une menace de type identitaire. Aujourd’hui, leur engagement plus fréquent dans la religion musulmane incarnerait pour certains un problème de civilisation. Ancien professeur en Seine-Saint-Denis, désormais sociologue, j’ai régulièrement trouvé l’islam sur ma route. Pourquoi la religion est-elle une ressource morale pour certains ? Pourquoi ce pouvoir de séduction de l’idéologie du martyr ? Le comprendre suppose de passer du temps auprès de ces jeunes, d’aller au-delà du spectacle. J’ai resserré la focale sur cinq garçons vivant à Grigny et en Seine-Saint-Denis.

Vous avez finalement décidé d’ajouter un sixième portrait, celui d’Amedy Coulibaly. Pourquoi mêler ce terroriste mort aux portraits de cinq jeunes musulmans qui, eux, n’ont pas suivi le même chemin ?

J’ai voulu essayer de relier le fait divers au fait social, les trajectoires ordinaires aux trajectoires extraordinaires, comme celle du tueur de l’Hyper Cacher. Parmi les jeunes hommes que j’ai rencontrés à Grigny, certains avaient grandi avec lui. Il a fait partie de nos conversations. A travers son évocation, les jeunes racontent aussi la vie du quartier, les drames, les souvenirs d’enfance. J’en ai finalement tiré une « ethnographie post mortem ». Sans l’avoir connu, c’est l’Amedy « d’avant » que je tente de faire vivre à travers le regard d’une trentaine de personnes qui m’en ont parlé.

Qu’avez-vous appris sur lui qu’on ne savait pas ?

Que dans un parcours comme le sien, il n’y a pas de baguette magique – un imam gourou, un passage en prison… – qui transforme un homme en terroriste. Tout un faisceau d’éléments jouent et s’additionnent. La mort de son meilleur ami, Ali, tué à 17 ans devant ses yeux par la police après un vol de moto, explique bien sûr sa haine de la police [le 8 janvier 2015, il a assassiné la policière Clarissa Jean-Philippe, ndlr]. Mais elle éclaire plus encore la haine de soi extrêmement forte qui ne lâchera plus jamais Amedy Coulibaly, la culpabilité de lui avoir survécu. C’est une question importante dans certains quartiers quand l’expérience prématurée de la mort devient un fait social. Tous ces jeunes hommes ont brutalement perdu des copains, sans avoir d’accompagnement social, pédagogique ou métaphysique pour traiter cette perte, travailler la mémoire. La question de la haine de soi est très forte parmi eux et explique, sans doute en partie, le besoin qu’ils ressentent, pour s’en sortir, de se transformer, de se laver. La religion devient une voie possible.

A Grigny, Amedy Coulibaly était connu pour « faire du sale ». Qu’est-ce que c’est ?

C’est commettre un acte d’une violence disproportionnée, faire quelque chose de complètement immoral. On est bien loin des fantasmes sur la « culture du gang » : les jeunes savent pertinemment que laisser un mec à demi-mort pour une raison de « business », c’est franchir la ligne, désobéir à un référent moral universel. Les jeunes garçons des quartiers peuvent un jour passer par la délinquance. La grande majorité ne s’y éternise pas. D’autres y resteront après leurs 30 ans, en ayant totalement conscience d’être dans une impasse. A 25 ans, Marley, est ainsi persuadé qu’il mourra avant 30 ans. Il sait bien que sur ce chemin-là, il n’y a pas de futur. « Faire du sale » entraîne une très forte dépréciation de soi et une dictature insidieuse du présent.

Le passage par la prison joue tout de même un rôle décisif dans le passage au terrorisme de Coulibaly…

… mais pas comme on l’entend souvent. On parle de « la » prison comme d’un incubateur à jihadistes ou à terroristes. Mais ce qui est frappant dans le parcours d’Amedy Coulibaly, ce sont ses constants allers-retours en prison. Pour les garçons englués durablement dans la délinquance, il y a une normalisation du sentiment d’enfermement que ce soit dans sa cellule, dans son quartier, dans sa condition. C’est ce que j’appelle la « seconde zone » : un espace à l’écart qui confine, qui valorise l’entre-soi et empêche la projection collective. Un espace fait d’une morale restreinte qui permet de s’accommoder du « sale » qu’on a fait et qui est, ailleurs, honteux. Comme dans le concept de « banalité du mal » de Hannah Arendt [que la philosophe forge à propos d’Eichmann, ndlr], la valorisation de l’action plutôt que de la réflexion, du « savoir-faire » du délinquant plutôt que de la morale permet de tenir. Les allers-retours en prison accélèrent ce sentiment d’enfermement, ils brouillent les frontières entre le dedans et le dehors. Comment alors sortir de la seconde zone ? Alors qu’Amedy Coulibaly est terrorisé lors de ses premières détentions, il se construit au fil de ses incarcérations comme un « expert de la prison ». Cette impasse nourrit l’idée qu’il faut se forger contre la peur et dans le combat, ne pas partager ses émotions. C’est dans ce terreau que s’enracine le désir de religion, il ne tombe pas du ciel. Quand Amedy Coulibaly rencontre Djamel Beghal, celui-ci n’a, au départ, pas la figure d’un « gourou » qui l’aurait manipulé. Djamel Beghal est alors à l’isolement, seul et démuni. Au départ, c’est de la pitié que Coulibaly ressent pour lui. Il va avoir 30 ans, et depuis son quotidien construit autour de l’immédiateté et du profit, Coulibaly va être touché par cette posture de dénuement, qui va, croit-il, donner un sens à sa vie, lui permettre de se racheter.

Quel rapport les jeunes que vous avez suivis entretiennent-ils avec la figure de Coulibaly ?

Certains connaissaient intimement « Amedy », mais pas le terroriste « Abou Bassir Abdallah Al-Ifriki » comme se fait appeler Coulibaly. Ils ne peuvent pas renier l’enfance et la jeunesse qu’ils ont partagées avec lui : ce serait renier ce qu’ils ont fait eux-mêmes pour s’en sortir. Ils sont obligés de compartimenter. D’autres tiennent un discours confus sur le jihadisme, comme Marley auquel je demandais si partir en Syrie ne l’avait jamais « titillé ». Pour lui, les jihadistes sont des « oufs », « complètement inefficaces ». Marley est persuadé qu’ils partent en Syrie « tuer des juifs ». Or, dit-il : « Si tu veux tuer des juifs ou des riches, tu vas dans une banque à Paris et tu te fais sauter. » Quant à la tuerie de Coulibaly à l’Hyper Cacher : « Il est tombé fou […], il a pas pensé à faire péter une banque et à buter des riches. Un supermarché juif, ça sert à rien, et puis après, c’est nous qui payons l’addition. » Marley n’éprouve ni empathie pour les victimes ni sympathie pour les jihadistes ou terroristes. Il ne les condamne pas non plus, sauf à dire qu’ils sont de mauvais stratèges. Beaucoup de jeunes que j’ai suivis se sont accommodés de la dureté de la vie et aucun d’entre eux ne doute qu’elle est un combat, même s’ils ne savent pas bien qui est l’oppresseur et où est le champ de bataille.

Mais qu’est-ce qui fait que la plupart ne franchissent pas le cap du départ au jihad ou du terrorisme ?

Tous ces jeunes sont les produits de notre histoire collective – c’est l’un des sens du titre de mon livre : il y a bien une « loyauté radicale » à notre histoire nationale. La genèse et la construction de ces vies pleines de conflits de loyauté sont liées à notre histoire. L’extrémisme religieux arrive chez certains en bout de course. Dans la grande majorité, vers 30 ans, ils se sont extirpés de la seconde zone, grâce à une succession de petites choses : une histoire amoureuse qui permet enfin de se projeter au-delà de sa personne, l’obtention d’un travail… et bien sûr la religion.

L’islam non plus ne représente pas la même chose pour chacun d’entre eux ?

Loin de n’être qu’un facteur de violence, la religion est une ressource morale pour bien des jeunes. On parle souvent du « retour » à la religion comme d’un « retour » à la communauté. En réalité, il n’y a pas de retour vers le groupe – même s’il existe bien chez ces jeunes un fantasme d’appartenance à quelque chose qui les dépasse, à un collectif idéal. En réalité, leur approche de la religion est très singulariste – ce qui correspond bien avec la culture individualiste développée dans le « business ». On est loin du spectre communautariste. La religion est, au contraire, souvent un médium pour s’opposer aux parents, déroutés par la pratique religieuse extravertie de leurs enfants. Les fils n’ont jamais pu dire aux pères : « Vous n’êtes pas des hommes : vous vous êtes tués à la tâche pour rien. » Question de pudeur. Ils leur disent désormais : « Vous êtes de mauvais musulmans. »

Vous parlez d’un « label muslim »…

Parmi cette génération, la mise en spectacle de la conversion, de la transformation de soi est essentielle. On crie à tout le monde qu’on a changé, qu’on est meilleur que les autres. Il y a rédemption par la singularité : « Je suis meilleur car je me découvre moi-même et je le dis à tous. » Domine en France une vision anticléricale de la religion, qui serait, au même titre que les jeux vidéo, un « opium » pour le peuple. Mais il y a aussi, dans la conversion à l’islam de ces jeunes, une recherche intellectuelle et esthétique. L’expérience de la laideur est très forte au quotidien : ils ont fait du « sale », ils ont un rapport ambivalent à leur quartier dont toute la société dit qu’ils sont « laids ». Le Coran est une « réconciliation avec la beauté », comme me l’a dit l’un d’eux. La religion est aussi une réponse à un furieux désir d’intelligence. Ils ont tous beaucoup espéré dans l’école qui a souvent été une déception. Ils ressentent le besoin explosif de mettre des mots critiques sur leur existence, sur le fait que les choses ne vont pas comme elles devraient aller et qu’il existe une rationalité alternative. La religion offre un récit qui leur permet de se réapproprier le monde.

Pourquoi a-t-elle aussi donné à Coulibaly un prétexte à tuer ?

Amedy Coulibaly a mis en scène son changement radical par la conversion, sauf que dans la pratique, il n’a rien changé à sa vie en devenant terroriste. Il est resté, au contraire, dans une continuité radicale. Tout ce qu’il met en œuvre pour mener son funèbre projet terroriste vient des savoir-faire qu’il avait développés dans sa vie d’avant, dans la délinquance : le sang-froid et la dissimulation. Les jeunes coincés dans la seconde zone sont devant un dilemme : tout ce en quoi ils excellent, ce qui leur permet de faire des « coups », n’est évidemment pas valorisé socialement : ils sont passés maîtres dans les activités illicites mais ils ne peuvent s’en vanter. « L’imaginaire politique flottant » de Daech, lui, permet à certains de continuer ce qu’ils ont toujours fait, mais avec, pensent-ils, une reconnaissance, celle des martyrs. C’est le spectacle ultime.

Sonya Faure




LOI du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat. Version du 5 janvier 2018

Lien sur legifrance.

Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat.

Version consolidée au 05 janvier 2018

Le Sénat et la chambre des députés ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Titre Ier : Principes.

Article 1

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l’article 3.

Titre II : Attribution des biens, pensions.

Article 3

Les établissements dont la suppression est ordonnée par l’article 2 continueront provisoirement de fonctionner, conformément aux dispositions qui les régissent actuellement, jusqu’à l’attribution de leurs biens aux associations prévues par le titre IV et au plus tard jusqu’à l’expiration du délai ci-après.
Dès la promulgation de la présente loi, il sera procédé par les agents de l’administration des domaines à l’inventaire descriptif et estimatif :
1° Des biens mobiliers et immobiliers desdits établissements ;
2° Des biens de l’Etat, des départements et des communes dont les mêmes établissements ont la jouissance.
Ce double inventaire sera dressé contradictoirement avec les représentants légaux des établissements ecclésiastiques ou eux dûment appelés par une notification faite en la forme administrative.
Les agents chargés de l’inventaire auront le droit de se faire communiquer tous titres et documents utiles à leurs opérations.

Article 4

Dans le délai d’un an, à partir de la promulgation de la présente loi, les biens mobiliers et immobiliers des menses, fabriques, conseils presbytéraux, consistoires et autres établissements publics du culte seront, avec toutes les charges et obligations qui les grèvent et avec leur affectation spéciale, transférés par les représentants légaux de ces établissements aux associations qui, en se conformant aux règles d’organisation générale du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice, se seront légalement formées, suivant les prescriptions de l’article 19, pour l’exercice de ce culte dans les anciennes circonscriptions desdits établissements.

Article 5

Ceux des biens désignés à l’article précédent qui proviennent de l’Etat et qui ne sont pas grevés d’une fondation pieuse créée postérieurement à la loi du 18 germinal an X feront retour à l’Etat.
Les attributions de biens ne pourront être faites par les établissements ecclésiastiques qu’un mois après la promulgation du décret en Conseil d’Etat prévu à l’article 43. Faute de quoi la nullité pourra en être demandée devant le tribunal de grande instance par toute partie intéressée ou par le ministère public.
En cas d’aliénation par l’association cultuelle de valeurs mobilières ou d’immeubles faisant partie du patrimoine de l’établissement public dissous, le montant du produit de la vente devra être employé en titres de rente nominatifs ou dans les conditions prévues au paragraphe 2 de l’article 22.
L’acquéreur des biens aliénés sera personnellement responsable de la régularité de cet emploi.
Les biens revendiqués par l’Etat, les départements ou les communes ne pourront être aliénés, transformés ni modifiés jusqu’à ce qu’il ait été statué sur la revendication par les tribunaux compétents.

Article 6

Les associations attributaires des biens des établissements ecclésiastiques supprimés seront tenues des dettes de ces établissements ainsi que de leurs emprunts sous réserve des dispositions du troisième paragraphe du présent article ; tant qu’elles ne seront pas libérées de ce passif, elles auront droit à la jouissance des biens productifs de revenus qui doivent faire retour à l’Etat en vertu de l’article 5.
Les annuités des emprunts contractés pour dépenses relatives aux édifices religieux, seront supportées par les associations en proportion du temps pendant lequel elles auront l’usage de ces édifices par application des dispositions du titre III.

Article 7

Les biens mobiliers ou immobiliers grevés d’une affectation charitable ou d’une toute autre affectation étrangère à l’exercice du culte seront attribués, par les représentants légaux des établissements ecclésiastiques, aux services ou établissements publics ou d’utilité publique, dont la destination est conforme à celle desdits biens. Cette attribution devra être approuvée par le préfet du département où siège l’établissement ecclésiastique. En cas de non-approbation, il sera statué par décret en Conseil d’Etat.

Toute action en reprise, qu’elle soit qualifiée en revendication, en révocation ou en résolution, concernant les biens dévolus en exécution du présent article, est soumise aux règles prescrites par l’article 9.

Article 8

Faute par un établissement ecclésiastique d’avoir, dans le délai fixé par l’article 4, procédé aux attributions ci-dessus prescrites, il y sera pourvu par décret.
A l’expiration dudit délai, les biens à attribuer seront, jusqu’à leur attribution, placés sous séquestre.
Dans le cas où les biens attribués en vertu de l’article 4 et du paragraphe 1er du présent article seront, soit dès l’origine, soit dans la suite, réclamés par plusieurs associations formées pour l’exercice du même culte, l’attribution qui en aura été faite par les représentants de l’établissement ou par décret pourra être contestée devant le Conseil d’Etat, statuant au contentieux , lequel prononcera en tenant compte de toutes les circonstances de fait.

La demande sera introduite devant le Conseil d’Etat, dans le délai d’un an à partir de la date du décret ou à partir de la notification, à l’autorité préfectorale, par les représentants légaux des établissements publics du culte, de l’attribution effectuée par eux. Cette notification devra être faite dans le délai d’un mois.
L’attribution pourra être ultérieurement contestée en cas de scission dans l’association nantie, de création d’association nouvelle par suite d’une modification dans le territoire de la circonscription ecclésiastique et dans le cas où l’association attributaire n’est plus en mesure de remplir son objet.

Article 9

Modifié par ORDONNANCE n°2015-904 du 23 juillet 2015 – art. 13

1. Les biens des établissements ecclésiastiques. qui n’ont pas été réclamés par des associations cultuelles constituées dans le délai d’un an à partir de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905, seront attribués par décret à des établissements communaux de bienfaisance ou d’assistance situés dans les limites territoriales de la circonscription ecclésiastique intéressée, ou, à défaut d’établissement de cette nature, aux communes ou sections de communes, sous la condition d’affecter aux services de bienfaisance ou d’assistance tous les revenus ou produits de ces biens, sauf les exceptions ci-après :
1° Les édifices affectés au culte lors de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 et les meubles les garnissant deviendront la propriété des communes sur le territoire desquelles ils sont situés, s’ils n’ont pas été restitués ni revendiqués dans le délai légal ;
2° Les meubles ayant appartenu aux établissements ecclésiastiques ci-dessus mentionnés qui garnissent les édifices désignés à l’article 12, paragraphe 2, de la loi du 9 décembre 1905, deviendront la propriété de l’Etat, des départements et des communes, propriétaires desdits édifices, s’ils n’ont pas été restitués ni revendiqués dans le délai légal ;
3° Les immeubles bâtis, autres que les édifices affectés au culte, qui n’étaient pas productifs de revenus lors de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 et qui appartenaient aux menses archiépiscopales et épiscopales, aux chapitres et séminaires, ainsi que les cours et jardins y attenant, seront attribués par décret, soit à des départements, soit à des communes, soit à des établissements publics pour des services d’assistance ou de bienfaisance ou des services publics ;
4° Les biens des menses archiépiscopales et épiscopales, chapitres et séminaires, seront, sous réserve de l’application des dispositions du paragraphe précèdent, affectés dans la circonscription territoriale de ces anciens établissements, au paiement du reliquat des dettes régulières ou légales de l’ensemble des établissements ecclésiastiques compris dans ladite circonscription, dont les biens n’ont pas été attribués à des associations cultuelles, ainsi qu’au paiement de tous frais exposés et de toutes dépenses effectuées relativement à ces biens par le séquestre, sauf ce qui est dit au paragraphe 13 de l’article 3 ci-après. L’actif disponible après l’acquittement de ces dettes et dépenses sera attribué par décret à des services départementaux de bienfaisance ou d’assistance.
En cas d’insuffisance d’actif il sera pourvu au paiement desdites dettes et dépenses sur l’ensemble des biens ayant fait retour à l’Etat, en vertu de l’article 5 ;
5° Les documents, livres, manuscrits et oeuvres d’art ayant appartenu aux établissements ecclésiastiques et non visés au 1° du présent paragraphe pourront être réclamés par l’Etat, en vue de leur dépôt dans les archives, bibliothèques ou musées et lui être attribués par décret ;
6° Les biens des caisses de retraite et maisons de secours pour les prêtres âgés ou infirmes seront attribués par décret à des sociétés de secours mutuels constituées dans les départements où ces établissements ecclésiastiques avaient leur siège.
Pour être aptes à recevoir ces biens, lesdites sociétés devront être approuvées dans les conditions prévues par la loi du 1er avril 1898, avoir une destination conforme à celle desdits biens, être ouvertes à tous les intéressés et ne prévoir dans leurs statuts aucune amende ni aucun cas d’exclusion fondés sur un motif touchant à la discipline ecclésiastique. Les biens des caisses de retraite et maisons de secours qui n’auraient pas été réclamés dans le délai de dix-huit mois à dater de la promulgation de la présente loi par des sociétés de secours mutuels constituées dans le délai d’un an de ladite promulgation, seront attribués par décret aux départements où ces établissements ecclésiastiques avaient leur siège, et continueront à être administrés provisoirement au profit des ecclésiastiques qui recevaient des pensions ou secours ou qui étaient hospitalisés à la date du 15 décembre 1906.

Les ressources non absorbées par le service de ces pensions ou secours seront employées au remboursement des versements que les ecclésiastiques ne recevant ni pension ni secours justifieront avait faits aux caisses de retraites.
Le surplus desdits biens sera affecté par les départements à des services de bienfaisance ou d’assistance fonctionnant dans les anciennes circonscriptions des caisses de retraite et maisons de secours.
2. En cas de dissolution d’une association, les biens qui lui auront été dévolus en exécution des articles 4 et 8 seront attribués par délibérations concordantes des associations ou établissements concernés, soit à des associations analogues dans la même circonscription ou, à leur défaut, dans les circonscriptions les plus voisines, soit aux établissement visés au paragraphe 1er du présent article.
3. Toute action en reprise, qu’elle soit qualifiée en revendication, en révocation ou en résolution doit être introduite dans le délai ci-après déterminé.
Elle ne peut être exercée qu’en raison de donations, de legs ou de fondations pieuses, et seulement par les auteurs et leurs héritiers en ligne directe.
Les arrérages de rentes dues aux fabriques pour fondations pieuses ou cultuelles et qui n’ont pas été rachetées cessent

d’être exigibles.
Aucune action d’aucune sorte ne pourra être intentée à raison de fondations pieuses antérieures à la loi du 18 germinal an X.
4. L’action peut être exercée contre l’attributaire ou, à défaut d’attribution, contre le directeur général des domaines représentant l’Etat en qualité de séquestre.
5. Nul ne pourra introduire une action, de quelque nature qu’elle soit, s’il n’a déposé, deux mois auparavant un mémoire préalable sur papier non timbré entre les mains du directeur général des domaines qui en délivrera un récépissé daté et signé.
6. Au vu de ce mémoire, et après avis du directeur des domaines, le préfet pourra en tout état de cause, et quel que soit l’état de la procédure, faire droit à tout ou partie de la demande par un arrêté….
7. L’action sera prescrite si le mémoire préalable n’a pas été déposé dans les dix mois à compter de la publication au Journal officiel de la liste des biens attribués ou à attribuer avec les charges auxquelles lesdits biens seront ou demeureront soumis, et si l’assignation devant la juridiction ordinaire n’a pas été délivrée dans les trois mois de la date du récépissé.
Parmi ces charges, pourra être comprise celle de l’entretien des tombes.
8. Passé ces délais, les attributions seront définitives et ne pourront plus être attaquées de quelque matière ni pour quelque cause que ce soit.
Néanmoins, toute personne intéressée pourra poursuivre devant le Conseil d’Etat statuant au contentieux, l’exécution des charges imposées par les décrets d’attribution.
9. Il en sera de même pour les attributions faites après solution des litiges soulevés dans le délai.
10. Tout créancier, hypothécaire, privilégié ou autre, d’un établissement dont les biens ont été mis sous séquestre, devra, pour obtenir le paiement de sa créance, déposer préalablement à toute poursuite un mémoire justificatif de sa demande, sur papier non timbré, avec les pièces à l’appui au directeur général des domaines qui en délivrera un récépissé daté et signé.
11. Au vu de ce mémoire et sur l’avis du directeur des domaines, le préfet pourra en tout état de cause, et quel que soit l’état de la procédure, décider, par un arrêté pris en conseil de préfecture, que le créancier sera admis, pour tout ou parti de sa créance, au passif de la liquidation de l’établissement supprimé.
12. L’action du créancier sera définitivement éteinte si le mémoire préalable n’a pas été déposé dans les six mois qui suivront la publication au Journal officiel prescrite par le paragraphe 7 du présent article, et si l’assignation devant la juridiction ordinaire n’a pas été délivrée dans les neuf mois de ladite publication.
13. Dans toutes les causes auxquelles s’appliquent les dispositions de la présente loi, le tribunal statue comme en matière sommaire, conformément au titre 24 du livre II du Code de procédure civile.
Les frais exposés par le séquestre seront, dans tous les cas, employés en frais privilégiés sur le bien séquestré, sauf recouvrement contre la partie adverse condamnée aux dépens, ou, sur la masse générale des biens recueillis par l’Etat. Le donateur et les héritiers en ligne directe soit du donateur, soit du testateur ayant, dès à présent, intenté une action en revendication ou en révocation devant les tribunaux civils, sont dispensés des formalités de procédure prescrites par les paragraphes 5,6 et 7 du présent article.
14. L’Etat, les départements les communes et les établissements publics ne peuvent remplir ni les charges pieuses ou cultuelles, afférentes aux libéralités à eux faites ou, aux contrats conclus par eux, ni les charges dont l’exécution comportait l’intervention soit d’un établissement public du culte, soit de titulaires ecclésiastiques.
Ils ne pourront remplir les charges comportant l’intervention d’ecclésiastiques pour l’accomplissement d’actes non cultuels que s’il s’agit de libéralités autorisées antérieurement à la promulgation de la présente loi, et si, nonobstant l’intervention de ces ecclésiastiques, ils conservent un droit de contrôle sur l’emploi desdites libéralités.
Les dispositions qui précèdent s’appliquent au séquestre.
Dans les cas prévus à l’alinéa 1er du présent paragraphe, et en cas d’inexécution des charges visées à l’alinéa 2, l’action en reprise, qu’elle soit qualifiée en revendication, en révocation ou en résolution, ne peut être exercée que par les auteurs des libéralités et leurs héritiers en ligne directe.
Les paragraphes précédents s’appliquent à cette action sous les réserves ci-après :
Le dépôt du mémoire est fait au préfet, et l’arrêté du préfet en conseil de préfecture est pris, s’il y a lieu, après avis de la commission départementale pour le département, du conseil municipal pour la commune et de la commission administrative pour l’établissement public intéressé.
En ce qui concerne les biens possédés par l’Etat, il sera statué par décret.
L’action sera prescrite si le mémoire n’a pas été déposé dans l’année qui suivra la promulgation de la présente loi, et l’assignation devant la juridiction ordinaire délivrée dans les trois mois de la date du récépissé.
15. Les biens réclamés, en vertu du paragraphe 14, à l’Etat, aux départements, aux communes et à tous les établissements publics ne seront restituables, lorsque la demande ou l’action sera admise, que dans la proportion correspondant aux charges non exécutées, sans qu’il y ait lieu de distinguer si lesdites charges sont ou non déterminantes de la libéralité ou du contrat de fondation pieuse et sous déduction des frais et droits correspondants payés lors de l’acquisition des biens.
16. Sur les biens grevés de fondations de messes, l’Etat, les départements, les communes et les établissements publics possesseurs ou attributaires desdits biens, devront, à défaut des restitutions à opérer en vertu du présent article, mettre en réserve la portion correspondant aux charges ci-dessus visées.
Cette portion sera remise aux sociétés de secours mutuels constituées conformément au paragraphe 1er, 6°, de l’article 9 de la loi du 9 décembre 1905, sous la forme de titres de rente nominatifs, à charge par celles-ci d’assurer l’exécution des fondations perpétuelles de messes.
Pour les fondations temporaires, les fonds y afférents seront versés auxdites sociétés de recours mutuels, mais ne bénéficieront pas du taux de faveur prévu par l’article 21 de la loi du 1er avril 1898.
Les titres nominatifs seront remis et les versements faits à la société de secours mutuels qui aura été constituée dans le département, ou à son défaut dans le département le plus voisin.
A l’expiration du délai de dix-huit mois prévu au paragraphe 1er, 6° ci-dessus visé, si aucune des sociétés de secours mutuels qui viennent d’être mentionnées n’a réclamé la remise des titres ou le versement auquel elle a droit, l’Etat, les départements, les communes et les établissements publics seront définitivement libérés et resteront propriétaires des biens par eux possédés ou à eux attribués, sans avoir à exécuter aucune des fondations et messes grevant lesdits biens. La portion à mettre en réserve, en vertu des dispositions précédentes sera calculée sur la base des tarifs indiqués dans l’acte de fondation, ou, à défaut, sur la base des tarifs en vigueur au 9 décembre 1905.

Article 10

Modifié par ORDONNANCE n°2015-904 du 23 juillet 2015 – art. 13

1. Les attributions prévues par les articles précédents ne donnent lieu à aucune perception au profit du Trésor.
2. Les transferts, transcriptions, inscriptions et mainlevées, mentions et certificats seront opérés ou délivrés par les compagnies, sociétés et autres établissements débiteurs et par les conservateurs des hypothèques, en vertu, soit d’une décision de justice devenue définitive, soit d’un arrêté pris par le préfet soit des délibérations concordantes prévues au 2 de l’article 9, soit d’un décret d’attribution.
3. Les arrêtés et décrets, les transferts, les transcriptions, inscriptions et mainlevées, mentions et certificats opérés ou délivrés venu desdits arrêtés et décrets ou des décisions de justice susmentionnés seront affranchis de droits de timbre, d’enregistrement et de toute taxe.
4. Les attributaires de biens immobiliers seront, dans tous les cas, dispensés de remplir les formalités de purge des hypothèques légales. Les biens attribués seront francs et quittes de toute charge hypothécaire ou privilégiée qui n’aurait pas été inscrite avant l’expiration du délai de six mois à dater de la publication au Journal officiel ordonnée par le paragraphe 7 de l’article 9.

Article 11 (abrogé)

Abrogé par LOI n°2011-525 du 17 mai 2011 – art. 163 Titre III : Des édifices des cultes.

Article 12

Modifié par Loi n°98-546 du 2 juillet 1998 – art. 94

Les édifices qui ont été mis à la disposition de la nation et qui, en vertu de la loi du 18 germinal an X, servent à l’exercice public des cultes ou au logement de leurs ministres (cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues, archevêchés, évêchés, presbytères, séminaires), ainsi que leurs dépendances immobilières et les objets mobiliers qui les garnissaient au moment où lesdits édifices ont été remis aux cultes, sont et demeurent propriétés de l’Etat, des départements, des communes et des établissements publics de coopération intercommunale ayant pris la compétence en matière d’édifices des cultes.
Pour ces édifices, comme pour ceux postérieurs à la loi du 18 germinal an X, dont l’Etat, les départements et les communes seraient propriétaires, y compris les facultés de théologie protestante, il sera procédé conformément aux dispositions des articles suivants.

Article 13

Modifié par ORDONNANCE n°2015-904 du 23 juillet 2015 – art. 13

Les édifices servant à l’exercice public du culte, ainsi que les objets mobiliers les garnissant, seront laissés gratuitement à la disposition des établissements publics du culte, puis des associations appelées à les remplacer auxquelles les biens de ces établissements auront été attribués par application des dispositions du titre II.
La cessation de cette jouissance, et, s’il y a lieu, son transfert seront prononcés par arrêté préfectoral, sauf recours au Conseil d’Etat statuant au contentieux :

1° Si l’association bénéficiaire est dissoute :
2° Si, en dehors des cas de force majeure, le culte cesse d’être célébré pendant plus de six mois consécutifs :
3° Si la conservation de l’édifice ou celle des objets mobiliers classés en vertu de la loi de 1887 et de l’article 16 de la présente loi est compromise par insuffisance d’entretien, et après mise en demeure dûment notifiée du conseil municipal ou, à son défaut du préfet :
4° Si l’association cesse de remplir son objet ou si les édifices sont détournés de leur destination ;
5° Si elle ne satisfait pas soit aux obligations de l’article 6 ou du dernier paragraphe du présent article, soit aux prescriptions relatives aux monuments historiques.
Dans les cinq cas ci-dessus prévus, la désaffectation des édifices cultuels communaux ainsi que des objets mobiliers les garnissant pourra être prononcée par décret en Conseil d’Etat. Toutefois cette désaffectation pourra être prononcée par arrêté préfectoral, à la demande du conseil municipal, lorsque la personne physique ou morale ayant qualité pour représenter le culte affectataire aura donné par écrit son consentement à la désaffectation.

En dehors de ces cas, la désaffectation ne pourra être prononcée que par une loi.
Les immeubles autrefois affectés aux cultes et dans lesquels les cérémonies du culte n’auront pas été célébrées pendant le délai d’un an antérieurement à la présente loi, ainsi que ceux qui ne seront pas réclamés par une association cultuelle dans le délai de deux ans après sa promulgation, pourront être désaffectés par décret.
Il en est de même pour les édifices dont la désaffectation aura été demandée antérieurement au 1er juin 1905.
Les établissements publics du culte, puis les associations bénéficiaires, seront tenus des réparations de toute nature, ainsi que des frais d’assurance et autres charges afférentes aux édifices et aux meubles les garnissant.
L’Etat, les départements, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale pourront engager les dépenses nécessaires pour l’entretien et la conservation des édifices du culte dont la propriété leur est reconnue par la présente loi.

Article 14

Les archevêchés, évêchés, les presbytères et leurs dépendances, les grands séminaires et facultés de théologie protestante seront laissés gratuitement à la disposition des établissements publics du culte, puis des associations prévues à l’article 13, savoir : les archevêchés, et évêchés pendant une période de deux années ; les presbytères dans les communes où résidera le ministre du culte, les grands séminaires et facultés de théologie protestante, pendant cinq années à partir de la promulgation de la présente loi.

Les établissements et associations sont soumis, en ce qui concerne ces édifices, aux obligations prévues par le dernier paragraphe de l’article 13. Toutefois, ils ne seront pas tenus des grosses réparations.
La cessation de la jouissance des établissements et associations sera prononcée dans les conditions et suivant les formes déterminées par l’article 13. Les dispositions des paragraphes 3 et 5 du même article sont applicables aux édifices visés par le paragraphe 1er du présent article.

La distraction des parties superflues des presbytères laissés à la disposition des associations cultuelles pourra, pendant le délai prévu au paragraphe 1er, être prononcée pour un service public par décret rendu en Conseil d’Etat.
A l’expiration des délais de jouissance gratuite, la libre disposition des édifices sera rendue à l’Etat, aux départements ou aux communes.

Ceux de ces immeubles qui appartiennent à l’Etat pourront être, par décret, affectés ou concédés gratuitement, dans les formes prévues à l’ordonnance du 14 juin 1833, soit à des services publics de l’Etat, soit à des services publics départementaux ou communaux.
Les indemnités de logement incombant actuellement aux communes, à défaut de presbytère, par application de l’article 136 de la loi du 5 avril 1884, resteront à leur charge pendant le délai de cinq ans. Elles cesseront de plein droit en cas de dissolution de l’association.

Article 15

Dans les départements de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes-Maritimes, la jouissance des édifices antérieurs à la loi du 18 germinal an X, servant à l’exercice des cultes ou au logement de leurs ministres, sera attribuée par les communes sur le territoire desquelles ils se trouvent, aux associations cultuelles, dans les conditions indiquées par les articles 12 et suivants de la présente loi. En dehors de ces obligations, les communes pourront disposer librement de la propriété de ces édifices.
Dans ces mêmes départements, les cimetières resteront la propriété des communes.

Article 16

Il sera procédé à un classement complémentaire des édifices servant à l’exercice public du culte (cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues, archevêchés, évêchés, presbytères, séminaires), dans lequel devront être compris tous ceux de ces édifices représentant, dans leur ensemble ou dans leurs parties, une valeur artistique ou historique.
Les objets mobiliers ou les immeubles par destination mentionnés à l’article 13, qui n’auraient pas encore été inscrits sur la liste de classement dressée en vertu de la loi du 30 mars 1887, sont, par l’effet de la présente loi, ajoutés à ladite liste. Il sera procédé par le ministre compétent, dans le délai de trois ans, au classement définitif de ceux de ces objets dont la conservation présenterait, au point de vue de l’histoire ou de l’art, un intérêt suffisant. A l’expiration de ce délai, les autres objets seront déclassés de plein droit.
En outre, les immeubles et les objets mobiliers, attribués en vertu de la présente loi aux associations, pourront être classés dans les mêmes conditions que s’ils appartenaient à des établissements publics.
Il n’est pas dérogé, pour le surplus, aux dispositions de la loi du 30 mars 1887.
Les archives ecclésiastiques et bibliothèques existant dans les archevêchés, évêchés, grands séminaires, paroisses, succursales et leurs dépendances, seront inventoriées et celles qui seront reconnues propriété de l’Etat lui seront restituées.

Article 17

Les immeubles par destination classés en vertu de la loi du 30 mars 1887 ou de la présente loi sont inaliénables et imprescriptibles
Dans le cas où la vente ou l’échange d’un objet classé serait autorisé par le ministre compétent, un droit de préemption est accordé : 1° aux associations cultuelles ; 2° aux communes ; 3° aux départements ; 4° aux musées et sociétés d’art et d’archéologie ; 5° à l’Etat. Le prix sera fixé par trois experts que désigneront le vendeur, l’acquéreur et le président du tribunal de grande instance.

Si aucun des acquéreurs visés ci-dessus ne fait usage du droit de préemption la vente sera libre ; mais il est interdit à l’acheteur d’un objet classé de le transporter hors de France.
La visite des édifices et l’exposition des objets mobiliers classés seront publiques : elles ne pourront donner lieu à aucune taxe ni redevance.

Titre IV : Des associations pour l’exercice des cultes.

Article 18

Les associations formées pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public d’un culte devront être constituées conformément aux articles 5 et suivants du titre Ier de la loi du 1er juillet 1901. Elles seront, en outre, soumises aux

prescriptions de la présente loi.

Article 19

Modifié par LOI n° 2009-526 du 12 mai 2009 – art. 111 (V) Modifié par LOI n°2011-525 du 17 mai 2011 – art. 21

Ces associations devront avoir exclusivement pour objet l’exercice d’un culte et être composés au moins :
Dans les communes de moins de 1.000 habitants, de sept personnes ;
Dans les communes de 1.000 à 20.000 habitants, de quinze personnes ;
Dans les communes dont le nombre des habitants est supérieur à 20.000, de vingt-cinq personnes majeures, domiciliées ou résidant dans la circonscription religieuse.

Chacun de leurs membres pourra s’en retirer en tout temps, après payement des cotisations échues et de celles de l’année courante, nonobstant toute clause contraire.
Nonobstant toute clause contraire des statuts, les actes de gestion financière et d’administration légale des biens accomplis par les directeurs ou administrateurs seront, chaque année au moins présentés au contrôle de l’assemblée générale des membres de l’association et soumis à son approbation.

Les associations pourront recevoir, en outre, des cotisations prévues par l’article 6 de la loi du 1er juillet 1901, le produit des quêtes et collectes pour les frais du culte, percevoir des rétributions : pour les cérémonies et services religieux même par fondation ; pour la location des bancs et sièges ; pour la fourniture des objets destinés au service des funérailles dans les édifices religieux et à la décoration de ces édifices.

Les associations cultuelles pourront recevoir, dans les conditions prévues par les trois derniers alinéas de l’article 910 du code civil, les libéralités testamentaires et entre vifs destinées à l’accomplissement de leur objet ou grevées de charges pieuses ou cultuelles.
Elles pourront verser, sans donner lieu à perception de droits, le surplus de leurs recettes à d’autres associations constituées pour le même objet.

Elles ne pourront, sous quelque forme que ce soit, recevoir des subventions de l’Etat, des départements et des communes. Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations aux édifices affectés au culte public, qu’ils soient ou non classés monuments historiques.

Article 20

Ces associations peuvent, dans les formes déterminées par l’article 7 du décret du 16 août 1901, constituer des unions ayant une administration ou une direction centrale ; ces unions seront réglées par l’article 18 et par les cinq derniers

paragraphes de l’article 19 de la présente loi.

Article 21

Modifié par ORDONNANCE n°2015-904 du 23 juillet 2015 – art. 13

Les associations et les unions dressent chaque année l’état inventorié de leurs biens meubles et immeubles.
Le contrôle financier est exercé sur les associations et sur les unions par le ministre des finances et par l’inspection

générale des finances.

Article 22

Modifié par ORDONNANCE n°2015-904 du 23 juillet 2015 – art. 13

Les associations et unions peuvent employer leurs ressources disponibles à la constitution d’un fonds de réserve suffisant pour assurer les frais et l’entretien du culte et ne pouvant, en aucun cas, recevoir une autre destination.

Article 23

Modifié par ORDONNANCE n°2015-904 du 23 juillet 2015 – art. 13

Seront punis d’une amende prévue par le 5° de l’article 131-13 du code pénal pour les contraventions de la 5ème classe, et, en cas de récidive, d’une amende double, les directeurs ou administrateurs d’une association ou d’une union qui auront contrevenu aux articles 18,19,20,21 et 22.
Les tribunaux pourront, en outre, dans tous les cas prévus au paragraphe 1er du présent article, prononcer la dissolution de l’association ou de l’union.

Article 24

Les édifices affectés à l’exercice du culte appartenant à l’Etat, aux départements ou aux communes continueront à être exemptés de l’impôt foncier et de l’impôt des portes et fenêtres.
Les édifices servant au logement des ministres des cultes, les séminaires, les facultés de théologie protestante qui appartiennent à l’Etat, aux départements ou aux communes, les biens qui sont la propriété des associations et unions sont soumis aux mêmes impôts que ceux des particuliers.

Toutefois, les édifices affectés à l’exercice du culte qui ont été attribués aux associations ou unions en vertu des dispositions de l’article 4 de la présente loi sont, au même titre que ceux qui, appartiennent à l’Etat, aux départements et aux communes, exonérés de l’impôt foncier et de l’impôt des portes et fenêtres.
Les associations et unions ne sont en aucun cas assujetties à la taxe d’abonnement ni à celle imposée aux cercles par article 33 de la loi du 8 août 1890, pas plus qu’à l’impôt de 4 % sur le revenu établi par les lois du 28 décembre 1880 et 29 décembre 1884.

Titre V : Police des cultes.

Article 25

Les réunions pour la célébration d’un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles sont dispensées des formalités de l’article 8 de la loi du 30 juin 1881, mais restent placées sous la surveillance des autorités dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 26

Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte.

Article 27

Modifié par Loi n° 96-142 du 21 février 1996 (V)

Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte, sont réglées en conformité de l’article L2212-2 du code général des collectivités territoriales.
Les sonneries des cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l’association cultuelle, par arrêté préfectoral.
Le décret en Conseil d’Etat prévu par l’article 43 de la présente loi déterminera les conditions et les cas dans lesquels les sonneries civiles pourront avoir lieu.

Article 28

Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.

Article 29

Les contraventions aux articles précédents sont punies des peines de police.
Sont passibles de ces peines, dans le cas des articles 25, 26 et 27, ceux qui ont organisé la réunion ou manifestation, ceux qui y ont participé en qualité de ministres du culte et, dans le cas des articles 25 et 26, ceux qui ont fourni le local.

Article 30 (abrogé)

Abrogé par Ordonnance n° 2000-549 du 15 juin 2000 – art. 7 (V)

Article 31

Sont punis de la peine d’amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe et d’un emprisonnement de six jours à deux mois ou de l’une de ces deux peines seulement ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte.

NOTA : Aux termes du 1° de l’article 1er du décret n° 93-726 du 29 mars 1993 portant réforme du code pénal, ont été abrogées les dispositions des textes législatifs antérieurs à l’entrée en vigueur de la Constitution et des règlements qui édictaient des peines d’emprisonnement pour des contraventions.

Article 32

Seront punis des mêmes peines ceux qui auront empêché, retardé ou interrompu les exercices d’un culte par des troubles ou désordres causés dans le local servant à ces exercices.

NOTA : Aux termes du 1° de l’article 1er du décret n° 93-726 du 29 mars 1993 portant réforme du code pénal, ont été abrogées les dispositions des textes législatifs antérieurs à l’entrée en vigueur de la Constitution et des règlements qui édictaient des peines d’emprisonnement pour des contraventions.

Article 33

Les dispositions des deux articles précédents ne s’appliquent qu’aux troubles, outrages ou voies de fait, dont la nature ou les circonstances ne donneront pas lieu à de plus fortes peines d’après les dispositions du Code pénal.

Article 34

Modifié par Ordonnance n° 2000-916 du 19 septembre 2000 – art. 1 (V)

Tout ministre d’un culte qui, dans les lieux où s’exerce ce culte, aura publiquement par des discours prononcés, des lectures faites, des écrits distribués ou des affiches apposées, outragé ou diffamé un citoyen chargé d’un service public, sera puni d’une amende de 3 750 euros. et d’un emprisonnement d’un an, ou de l’une de ces deux peines seulement. La vérité du fait diffamatoire, mais seulement s’il est relatif aux fonctions, pourra être établi devant le tribunal correctionnel dans les formes prévues par l’article 52 de la loi du 29 juillet 1881. Les prescriptions édictées par l’article 65 de la même loi s’appliquent aux délits du présent article et de l’article qui suit.

Article 35

Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en sera rendu coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans, sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile.

Article 36

Dans le cas de condamnation par les tribunaux de police ou de police correctionnelle en application des articles 25 et 26, 34 et 35, l’association constituée pour l’exercice du culte dans l’immeuble où l’infraction a été commise sera civilement responsable.

Titre VI : Dispositions générales.

Article 37

L’article 463 du Code pénal et la loi du 26 mars 1891 sont applicables à tous les cas dans lesquels la présente loi édicte des pénalités.
NOTA : Aux termes de l’article 323 de la loi n° 92-1336 du 16 décembre 1992 : Sont abrogées toutes les dispositions faisant référence à l’article 463 du code pénal.

Article 38

Les congrégations religieuses demeurent soumises aux lois des 1er juillet 1901, 4 décembre 1902 et 7 juillet 1904.

Article 39

Les jeunes gens, qui ont obtenu à titre d’élèves ecclésiastiques la dispense prévue par l’article 23 de la loi du 15 juillet 1889, continueront à en bénéficier conformément à l’article 99 de la loi du 21 mars 1905, à la condition qu’à l’âge de vingt-six ans ils soient pourvus d’un emploi de ministre du culte rétribué par une association cultuelle et sous réserve des justifications qui seront fixées par un décret en Conseil d’Etat.

Article 40

Pendant huit années à partir de la promulgation de la présente loi, les ministres du culte seront inéligibles au conseil municipal dans les communes où ils exerceront leur ministère ecclésiastique.

Article 41 (abrogé)
Article 42 (abrogé)

Abrogé par Loi n°73-4 du 2 janvier 1973 – art. 2 (V) JORF 3 janvier 1973

Article 43

Un décret en Conseil d’Etat rendu dans les trois mois qui suivront la promulgation de la présente loi déterminera les mesures propres à assurer son application.
Des décrets en Conseil d’Etat détermineront les conditions dans lesquelles la présente loi sera applicable en Algérie et aux colonies.

Article 44

Sont et demeurent abrogées toutes les dispositions relatives à l’organisation publique des cultes antérieurement reconnus par l’Etat, ainsi que toutes dispositions contraires à la présente loi et notamment :

1° La loi du 18 germinal an X, portant que la convention passée le 26 messidor an IX entre le pape et le Gouvernement français, ensemble les articles organiques de ladite convention et des cultes protestants, seront exécutés comme des lois de la République ;
2° Le décret du 26 mars 1852 et la loi du 1er août 1879 sur les cultes protestants ;
3° Les décrets du 17 mars 1808, la loi du 8 février 1831 et l’ordonnance du 25 mai 1844 sur le culte israélite ; 4° Les décrets des 22 décembre 1812 et 19 mars 1859 ;
5° Les articles 201 à 208,260 à 264,294 du Code pénal ;
6° Les articles 100 et 101, les paragraphes 11 et 12, de l’article 136 et l’article 167 de la loi du 5 avril 1884 ; 7° Le décret du 30 décembre 1809 et l’article 78 de la loi du 26 janvier 1892.

Le Président de la République, Emile LOUBET

Le président du conseil, ministre des affaires étrangères, ROUVIER
Le ministre de l’instruction publique, des beaux-arts et des cultes, Bienvenu MARTIN
Le ministre de l’intérieur, F. DUBIEF
Le ministre des finances, P. MERLOU
Le ministre des colonies, CLEMENTEL.




OUTIL. Au fil du temps et des siècles

Que ce soit au niveau personnel ou au niveau collectif, la conscience de ce qui eut lieu et des liens entre événements permet d’y voir plus clair dans le présent – et dans ce qui pourrait advenir.
Vous trouvez quelques dates-clefs permettant de lire certains fils conducteurs dans les événements collectifs.
Cette liste n’est pas exhaustive, je la complète au fil du temps. Quant aux événements de l’actualité, j’en note quelques uns, mais il faudra un peu de recul pour trier entre l’anecdotique et le structurel.

Cette liste, quand nous en ressentons le sous-texte et les lames de fond, parle
Les mutations socio-culturelles et politiques, qu’elles soient lumineuses ou sombres, suivent actuellement un rythme identifiable.
> En 2011, une puissante volonté de changements s’exprima selon deux grandes lignes de force : des mouvements de contestation cherchant « un monde meilleur »  (Printemps arabe, les Indignés, Occupy Wall Street…) et des forces extrêmement sombres (EI, Daesh, extrêmes droites…).
> Si nous observons l’évolution de Daesh, un tournant collectif eut lieu ensuite en 2014 (proclamation du califat), un autre en 2017 (perte du territoire physique en Syrie-Irak, mais mutation et déplacement du problème), les prochaines étapes-clefs pourraient avoir lieu en 2021 puis 2025. Comme si les jaillissements de 2011 se remaniaient tous les 3,5 ans et tous les 7 ans, en changeant parfois de formes mais en continuant de tracer leurs lignes de fond.
Sandrine Delrieu

2018

27 janvier 2018 : Un tragique attentat à Kaboul, sur fond de tensions politiques. (lien)
20 janvier 2018 : La Turquie lance une opération militaire dans une zone kurde en Syrie (lien)
12 janvier 2018 : Agression en prison par un détenu radicalisé Vendin Le Vieil (lien). La question épineuse des prisons.
12 janvier 2018 : ALGÉRIE. Pour la première fois, le premier de l’an berbère, selon le calendrier Amazigh, est un jour férie (lien). Cette reconnaissance pourrait ouvrir une brèche, qui renvoie le mot « arabe » à son origine, dans cette Arabie devenue un jour « Saoudite ».

2017

Particularités de l’année 2017 :
– Année en lien avec la poussée de changements qui eut lieu en 2011.
– Année qui nous plonge dans un vaste questionnement sur les « fake news » – et donc sur la réalité, et sur « l’acte de penser ».

23 novembre 2017. Un attentat d’une violence terrible dans une mosquée au Nord de l’Égypte. Plus de 300 fidèles morts, des blessés. (Lien)

Mi novembre 2017 : Des images filmées par CNN montrent des marchés d’esclaves en Lybie. (Article). Les réfugiés qui avaient traversé la mer (sans y mourir) le racontait. Il fallait sans doute des images pour que cela touche plus largement les personnes et les médias. Mais est-ce que cela change quelque chose sur place ?

Post facebook 2017

  • Ce que cela provoque : Des paroles se libèrent également dans les réseaux sociaux à propos du racisme des « arabes » vis à vis des « noirs », des africains du Nord vis à vis des africains du Centre et du Sud. 
  • Le chercheur Tidiane N’Diaye vient d’écrire un livre à ce sujet. Le génocide voilé.


5 novembre 2017. Affaire des « Paradise Papers », nouvelle histoire des paradis fiscaux (Article)

20 octobre 2017. Tarik Ramadan est accusé d’agressions sexuelles et de viols (Article).

  • Ce que cela questionne : Dans le cas de Ramadan, la justice tranchera. Mais cette affaire révèle un type de comportements qui existe bel et bien, et qui révèle un décalage, voire une opposition totale, entre le personnage et la personne.
    Les récits des femmes témoignent de la puissance des manipulations affectives, parfois de l’idolâtrie et le pouvoir de l’illusion.

13 octobre 2017. « Le premier tweet #balancetonporc est publié le vendredi 13 octobre par Sandra Muller (suite à l’affaire Harvey Weinstein). Avec plus de 20 000 utilisations (dimanche à 13 heures), le hashtag #balancetonporc est devenu, dans la nuit du samedi au dimanche, un des plus fréquents sur Twitter France ». (Article)

À PARTIR DU MOIS D’OCTOBRE 2017, L’AIR DU TEMPS EST À LA LEVÉE DE CERTAINS TABOUS, de ce que certains savaient – mais où le fait de savoir ne changeait rien de manière structurelle, car il n’y avait pas d’actes engagés vers un « changement de système ». Plusieurs révélations et scandales concernent le fait de considérer l’autre comme un objet, une marchandise (abus sexuels, esclavagistes…). Pouvoir, argent… À l’heure d’internet, les récits font vite le tour de la planète (connectée). 

2 octobre 2017.  Une fusillade à Las Vegas lors d’un concert. (Lien)
1 octobre. Laura et Mauranne, deux jeunes filles assassinées à Marseille, devant la gare, à coup de couteau. (Lien)

1 octobre. Un référendum en Catalogne, la police qui tente de l’empêcher. Une violence assez inouïe (Lien).
8, 9 juillet. G20 à Hamburg et manifestations. Le rapport de force entre opposants et policiers semble prendre de plus en plus d’ampleur au fil des GXX (Images)

8 avril 2017. Attentats dans 2 églises coptes en Égypte (Lien).

6 avril 2017. Vénézuela. Depuis fin 2015, une crise oppose le Parlement (opposition) et le chef de l’État, Maduro. Fin Mars par exemple, manifestations et violences ICI. Depuis quelques mois, le Vénézuela semble risquer un ambiance de dictature (Lien) mais une « suspension de jugement » semble nécessaire : les informations qui nous parviennent racontent une chose et son contraire, et cela renvoie aux paradoxes actuels : l’information la plus visible finit par créer une image de la réalité – qui n’y correspond pas forcément. Alors, que penser ? Si ce n’est que la violence reste la violence et que parfois, les vies s’y brisent.

4 avril : Syrie, à Khan Cheikhoun, des dizaines de personnes décédées suite à une attaque chimique (Lien). En réponse, le 6 avril, l’armée américaine (Trump) tire 59 missiles contre une base aérienne syrienne.
La question des preuves (qui fait quoi en Syrie ?) est toujours présente. La seule certitude dans l’instant étant la souffrance, le drame de ceux qui meurent, sont blessés, terrorisés.

  • Ce que cela laisse présager : de multiples pressions pour les citoyens du monde :
    > des tensions géopolitiques entre grandes puissances (USA, Russie, Chine, Europe…)
    > des tensions économiques insupportables
    > une amplification des clivages bien / mal avec leurs colorations religieuses et identitaires.
    > une tension au niveau des états, entre la mission de protection des populations de la violences des « autres », la confusion entre agressions et oppositions politiques, et le risque d’une tendance à l’autoritarisme « pour notre bien ».
    > un conflit entre les générations, entre des personnes âgées qui se crispent sur leur sécurité et une jeunesse dont la vitalité est bien souvent saccagée. Une jeunesse qui se sent « utilisée », dont une partie décroche soit dans la violence, soit dans un retour à la vie plus ou moins clanique… en dehors du système.

31 mars 2017 : Paraguay. Le congrès pris d’assaut après le vote d’un amendement permettant au président de se représenter (Lien).

27 mars : Russie. Manifestations contre la corruption du pouvoir (Lien)

Mars 2017 : les actes meurtriers s’enchaînent au fil des jours, au nom d’un dieu ou pas. Le 16 mars dans un collège de Grasse, le 17 mars à l’aéroport d’Orly, le 22 mars à Londres

2 février 2017 : émeutes dans les banlieues, 12 ans après celles de 2005.

31 janvier : Roumanie. Le gouvernement fait passer un décret de réduction de certaines peines de prisons, notamment en cas d’abus de pouvoir. Les citoyens descendent dans la rue. Le décret est annulé le 4 février, mais…

25 janvier : début de « l’affaire Fillon » et des emplois fictifs présumés de sa femme, suite à un article du Canard enchaîné. (Lien)

1 janvier 2017 : Reina, Istanbul, au premier de l’an de larmes. (lien)

2016

19 décembre : Un lundi glacial. Meurtre de l’ambassadeur de Russie à Ankara, un camion tue à Berlin sur le marché de Noël, une fusillade à Zurich contre un centre de prière islamique, une mosquée incendiée à Château Thierry, des attentats en Jordanie et à Grosny, les guerres en Syrie… et tout ce que l’on ne sait pas (encore).

  • Ce que cela questionne : Comment ne pas se faire prendre dans une série d’actions-réactions sans fin, qui au fur et à mesure des drames et des horreurs, peuvent nous amener à un déchainement sans fin.

9 décembre : Destitution de la présidente de Corée du Sud pour corruption.

17, 18 novembre : Début d’un retour vers le passé en Tunisie, qui travaillera jusqu’à l’été 2017.

8 novembre : élection de Donald Trump au USA.

  • Ce que cela raconte : une sidération perplexe, la fin d’un monde, l’entrée dans une période où nous ne savons pas… 
    Cet article du géographe Christophe Guilluy apporte un éclairage (Lien).

27 octobre : Le décès de Mouhcine Fiori au Maroc rappelle celui de Mohamed Bouazzi en Tunisie le 17 décembre 2010.

  • Ce que cela raconte : une réactivation du « Printemps arabe » et de ses défis ?

17 octobre 2016 : Mossoul, une ville assiégée

31 août : Les plus anciennes traces de vie découvertes au Groenland. Une activité microbienne remontant à 3,7 milliards d’années, 800 millions d’années environ seulement après la formation de la Terre. (Lien)

  • Ce que cela raconte : nos ancêtres communs (les revendications identitaires et le narcissisme ambiant se calment quand nous changeons d’échelle).

20 août : Discours du roi du Maroc, Mohammed VI : s’unir contre le radicalisme et le terrorisme.

22 août : L’iman de Brest, Rachid Abou Houdeyfa, est menacé de mort par Daesh pour avoir incité lors d’un prêche à faire son devoir de citoyen en votant lors des élections « au lieu de se lamenter ». Lui qui, dans ses prêches, disait que l’on devient un porc quand on manque du porc…

  • Ce qui a lieu : Une volonté d’opposer le politique, la participation sociale, et une vision de la religion « au dessus de tout ». Lois humaines contre lois divines (ou fantasmées comme telles).

Août : Siège d’Alep en Syrie.
Août : Le burkini sur les plages. Interdictions dans certaines villes. Un certain racisme envers les « musulmans » et « arabe » commencent à s’exprimer ouvertement dans les lieux publics.

  • Ce qui questionne : Le monothéisme et le corps, l’obsession du pêché, le corps de la femme, le corps de la mère, les wagons de fantasmes, l’obsession, la culpabilité.

26 juillet : Le Père Hamel, prêtre assassiné à l’Église Saint-Etienne-du-Rouvray. (Lien).

15 juillet : Coup d’état en Turquie.
14 juillet : Massacre à Nice, le camion sur la promenade des anglais.
13 juin : Meurtre de 2 policiers à Magnanville (Lien). Le tueur, Larossi Emballa, a fait une vidéo sur place, dont voici le texte.
12 juin : Tuerie dans la boite de nuit Pulse à Orlando (Lien)

31 mars 2016 : 1ère Nuit Debout. Le calendrier s’est arrêté, 32 mars, 33 mars…

  • Ce qui a lieu : Le désir impérieux d’un changement de système politique, de mentalité, de gouvernance, de paradigme.

Mars : En Arabie Saoudite, des scientifiques admettent que la femme est un mammifère, mais pas un « humain ». (Lien)

  • Ce qui est surprenant : L’article précise « Maintenant, les femmes seront considérées à part entière comme appartenant à la classe des mammifères, alors qu’avant on leur concédait le statut juridique d’un objet ou d’un mobilier de maison ». Une avancée donc.

2015

2 décembre : Sortie du film « Demain, un autre monde est possible » (Lien)

  • Ce qui émerge : Une synthèse de pistes très concrètes pour changer de système (énergie, argent, alimentation, écologie, éducation…). Un autre état d’esprit et un pouvoir d’agir (individuel et collectif).

30 novembre au 12 décembre : La COP21 à Paris

  • Ce qui émerge : Un emploi permanent du terme « radicalisation »

13 novembre : Attentats à Paris, le stade de france, les terrasses, le Bataclan.
7 janvier : Charlie hebdo, une sidération a commencé là en France, un glissement, une prise de conscience de la gravité de la situation.

2014

29 juin 2014 : Proclamation de l’établissement du califat islamique (Lien)

2011

Année d’un puissant élan de contestations politiques et sociales dans le monde.

17 septembre 2011 : début du mouvement Occupy Wall Street

15 mai 2011 : Début du mouvement des Indignés à Madrid.

Les différents événements du Printemps Arabe sont résumés ICI.
Février 2011 : SYRIE. « Des adolescents taggent sur les murs à Deraa « Liberté, Bashar dégage, Syrie libre ».
13 février : LYBIE. « Les émeutes armées éclatent à Benghazi, et gagnent Tripoli le 20 février. »
30 janvier : MAROC. « Les protestations marocaines commencent. »
25 janvier : ÉGYPTE. « Occupation de la place de la Libération (midan Tahrir) au Caire, pays dirigé depuis 30 ans par Hosni Moubarak. Le gouvernement est remanié le 27 sous la pression populaire. Le 28 janvier, la réussite de manifestations massives annonce la révolution égyptienne »
21 janvier : ARABIE SAOUDITE. « Un mouvement naît, pays dirigé par le roi Abdallah Ier.
18 janvier : YEMEN. « Ali Abdallah Saleh subit une contestation lancée par les étudiants. »
17 janvier 2011 : MAURITANIE, OMAN. Immolation et protestations.
14 janvier 2011. TUNISIE. Début du « printemps arabe – Ben Ali dégage ». Il fuit.
JORDANIE. Des manifestations commencent.

2010

28 décembre 2010 : ALGÉRIE. Manifestations. Pays dirigé depuis 1999 par Abdelaziz Bouteflika.
17 décembre 2010 : Le jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazzi, s’immole en Tunisie. Les émeutes suivront, amorçant la vague de manifestations du printemps arabe (Lien)

21 octobre 2010 : Parution du livre « Indignez-vous ! » de Stephane Hessel. Plus intéressant par ce qu’il représente, et la référence de Stephane Hessel au Conseil national de la Résistance, que par le contenu lui-même, à mon avis. (Lien)

2009

17 février 2009 : Publication du « Manifeste pour les produits de haute nécessité », par Ernest Breleur, Patrick Chamaseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William (Lien)

2008

14 septembre : Début de la crise financière. Plusieurs établissements financiers américains entrent en cessation de paiement, et sont sauvés in extremis par la Réserve fédérale américaine (Fed). (Lien)

2005

29 mai 2005 : Référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe (aussi appelé traité de Rome II) . Le « non » l’emporte à 54,68% (Lien)

2001

11 septembre 2001 : New York, attentat des Twin Towers.

1995

31 mai 1995 : sortie du film La Haine de Mathieu Kassovitz. Un film qui alertait sur le bouillonnement explosif de certaines banlieues, et des conséquences de nombreuses discriminations, sentiment d’injustices et de misères.

1992

7 février 1992 : Signature du traité de Maastricht (Europe). Il entre en vigueur le 1 novembre 1993.

1989

9 novembre 1989 : Chute du mur de Berlin.

1979

11 février 1979 : Révolution iranienne. L’Ayatollah Khomeini prend le pouvoir, fin de l’empire d’Iran et du Shah d’Iran. (Lien)
1979 > 1989 : Guerre d’Afghanistan (troupes URSS)
puis Guerre civile d’Afghanistan (1989-1992) après le retrait des troupes russes.

1975

13 avril 1975 : Date communément choisie pour signifier le début de la guerre du Liban. (Lien)

1973

Printemps 1973 : Début de l’occupation de l’usine des Lip

  • Ce que cela raconte :  l’entrée dans une époque où la spéculation légitime la fermeture d’usines.

1961

17 octobre 1961. Violences très meurtrières contre une manifestation pacifistes  d’algériens organisée par le FLN à Paris (Lien wikipedia et Le monde)

1954 > 3 juillet 1962

Guerre d’indépendance – Algérie (colonisée depuis 1830)

1946 > 1954

Guerre d’Indochine.

1944

21 avril 1944 : Le droit de vote est accordé aux femmes en France (Lien permettant de voir à quelle date chaque pays l’a « accordé »).

1923

Démantèlement de l’empire ottoman (qui dura de 1299 à 1923). Il se réduit ensuite au territoire de la Turquie.

1920

Cette image est saisissante. Empires et colonies en 1920.

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1916

16 mai 1916 : « Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés le 16 mai 1916, après négociations entre novembre 1915 et mars 1916, entre la France et le Royaume-Uni (avec l’aval de l’Empire russe et du royaume d’Italie), prévoyant le partage du Proche-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne) en plusieurs zones d’influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à dépecer l’Empire ottoman. Ces accords secrets n’ont été finalement révélés au grand public que le 23 novembre 1917 dans un article des Izvestia et de la Pravda le 26 novembre 1917, puis repris dans un article du Manchester Guardian. Les accords Sykes-Picot ont pris de l’importance sous la forme d’une « légende noire » attribuant certains événements supposés aux Alliés pendant la Première Guerre mondiale, nourrissant plus tard les prétentions nationalistes arabes et islamistes. » (Lien)
(Dans une vidéo de Daesh par exemple, les « soldats » de Daesh effacent au sol les démarcations établies lors de ces accords Sykes-Picot).
Une conférence de Rashid Khalidi à ce propos : https://www.youtube.com/watch?v=ti0RM47DI7I

1914 – 1918

Première guerre mondiale.


1648

« Les traités de Westphalie (ou paix de Westphalie) concluent la guerre de Trente Ans et la guerre de Quatre-Vingts Ans le 24 octobre 1648. Ils sont à la base du « système westphalien », expression utilisée a posteriori pour désigner le système international spécifique mis en place, de façon durable, par ces traités. »

1572

24 août 1572 : Le massacre de la nuit de la Saint Barthelemy

1563

1561

1550 / 1551

La controverse de Valladolid, un débat entre théologiens, juristes et administrateurs du royaume d’Espagne, débat politique et religieux sur le statut des amérindiens.

1542

  • Création de l’Inquisition romaine par Paul III.

1534

  • « Même si le concile de Trente a beaucoup aidé à la reconquête des pays écartés, la compagnie de Jésus a amplement aidé ce travail. Leur fondateur est Ignace de Loyola (14911556). C’est en 1534 qu’il créa son ordre, voulant militer et être soumis au pape. Dans cet ordre existe une discipline semblable à celle de l’armée. Tous les membres devaient obéir au supérieur, appelé « général ». La Compagnie se soumettait donc aux ordres du pape pour sauver le catholicisme. Les Jésuites se consacraient surtout à la prédication et à l’enseignement. Ils n’hésitaient pas à aller partout dans le monde pour convertir les protestants.
    En 1556, les Jésuites se comptaient par milliers. Vingt ans plus tard, ils étaient 5 000, en Amérique latine, en Asie ou en Nouvelle-France. Les Jésuites ont finalisé l’arrêt de l’expansion du protestantisme. Après ce concile, les conflits qui avaient caractérisé le xve siècle et le début du xvie prirent une nouvelle dimension, une dimension religieuse. »

1532

1521

  • L’empereur Charles Quint promulgue l’Édit de Worms pour interdire le luthéranisme. Il prononce la mise au ban de Martin Luther et de ses partisans, interdit la diffusion et la lecture de ses écrits (ainsi que de tout autre écrit suspect d’hérésie).
  • Les thèses de Martin Luther sont condamnées par la Sorbonne.

1520

Martin Luther publie ses principaux écrits réformateurs :

  • La Papauté de Rome ;
  • L’Appel à la noblesse chrétienne de la Nation allemande pour l’amélioration de l’ordre chrétien ;
  • De la Captivité babylonienne de l’Église ;
  • La Liberté chrétienne.

1515 / 1516

  • Martin Luther donne un cours sur l’épître de Paul aux Romains.

1450

« L’une des inventions qui eurent le plus d’impact sur les hommes de la Renaissance était le perfectionnement de l’imprimerie par les caractères mobiles en plomb et la presse à vis, par Gutenberg vers 1450. La première édition imprimée de la Bible apparut en 1455. Les premiers textes imprimés concernaient assez souvent la religion et ceci pendant une cinquantaine d’années. »


570 / 632 ?

Le Coran, l’Islam. + 622 ap. JC, selon le calendrier musulman.
Vers 570 à 632. Histoire de Muhammad
Ressources, livres, vidéos

476

476 apr. J.-C. : Le dernier empereur romain d’Occident (Romulus Augustule) est déposé par les Barbares.

De l’antiquité au Moyen Âge

Lien.

Histoire antiquite - moyen age

0 ? 

Le christianisme. De 7 ou 5 av. JC à 30 ap. JC. Jésus de Nazareth.

– 623 / -543 ?

Le bouddhisme. – 623-543 av. JC. (ou 563-483 av. JC). Histoire de Bouddha.

– 1355 / 1358 ?

Akhenaton. – 1355 / -1353 à – 1338 / – 1337. Akhenaton, une révolution religieuse et le culte d’Aton.

– 3150 / -543

L’Égypte antique, au bord du Nil. – 3150. L’unification politique de la Haute-Égypte au sud et de la Basse-Égypte au nord sous le règne du premier pharaon.

– 3761 ?

Le Judaïsme. – 3761 av. JC. dans le calendrier hébraïque
Lien. Histoire du judaïsme




PRESSE. Plus de 500 mots couramment utilisés en français portent la marque de l’arabe

Lu sur France Culture
17/12/2017




VIDEO. Jacqueline Chabbi. Le Coran, contexte historique et anthropologique

Ici, des ressources pour explorer, ressentir, comprendre… l’approche historique et anthropologique de la période coranique (7ème siècle en Arabie Occidentale).

Jacqueline Chabbi, historienne : « Lire le Coran autrement »




VIDEO. La démarche historico-critique de Rachid Benzine

Cette vidéo présente l’état d’esprit de la démarche historico-critique appliquée au Coran, à l’Islam et au fait religieux.
Elle a été réalisée à partir d’une conférence programmée au Mucem lors de la Biennale des Écritures du Réel 2016 par le Théâtre la Cité.
Réalisation : Sandrine Delrieu / 2017.

L’histoire, l’anthropologie, la linguistique… permettent d’aborder la période coranique (7ème siècle) en la réinscrivant dans un temps et un lieu humains, et en observant, à partir des sources que nous pouvons avoir, cette société et sa manière de croire.

Cette vidéo peut notamment intéresser les enseignants d’histoire et de géographie qui veulent travailler sur cette manière d’aborder le fait religieux à travers les siècles.
Elle invite à la déconstruction de fantasmes produits à partir d’aujourd’hui et projetés sur une autre période de l’histoire.




VIDEO. La pression d’un Dieu qui TE parle

Cette vidéo a été réalisée suite à l’invitation d’Hicham Abdel Gawad au Théâtre la Cité en juin 2017 dans le cadre du projet « Jeunes à vif, Jeunes en devenir ». Elle sensibilise à la démarche historico-critique de la religion musulmane, donne des points d’appui pour entrer en dialogue avec les jeunes qui se posent des questions et propose un éclairage du système de pensée salafiste et des manières dont certains discours politiques utilisent les textes religieux.

Elle est très intéressante à regarder en groupe, notamment avec des jeunes, pour échanger à partir du récit d’Hicham.
Vous pouvez également nous contacter si vous désirez organiser un atelier ou une formation dans votre structure pour explorer des ressources sur ce sujet.

Réalisation : Sandrine Delrieu 2017 / Image et montage : Cyrielle Faure.

 

 

Hicham Abdel Gawad est formateur sur le fait religieux et la religion musulmane. Il fait partie d’un réseau de chercheurs et d’enseignants qui utilisent les sciences humaines, l’histoire et l’anthropologie, pour aiguiser notre esprit critique vis à vis de l’Islam, de la production de ses textes, de son histoire… avec discernement et méthodologie. Son livre « Les questions que les jeunes se posent sur l’Islam » est édité par la Boite à Pandore. Cette vidéo est composée de plusieurs temps :

00:50 : JEUNESSE ET QUÊTE.
Son récit personnel de la banlieue parisienne, en passant par une passion pour la religion et le passage par l’univers salafiste. Hicham évoque les discours d’autorité et la pression que ceux-ci exercent sur l’esprit d’un jeune, avec les angoisses qui vont avec (ne pas obéir à Dieu, aller en enfer…). Puis arrivent les forums internet, les échanges de point de vue, les interrogations et le besoin de clarté.

12:42 : Avec le départ en Belgique, Hicham reprend des études avec l’étude de l’approche historique et des sciences de la religion.

16:42 : EN BELGIQUE.
Devenu professeur, Hicham se retrouve face aux questions que se posent les jeunes. Entre les récits de miracles et leur besoin de logique… Hicham affine sa manière d’inviter les jeunes au discernement entre le factuel et le symbolique, ou entre les processus d’édition des différents textes (Coran, Hadith…).

24:00 : Question du public.
Témoignage d’un enseignant à propos des difficultés avec des élèves autour de « sciences et croyances ». « Je crois pas dans la science, tout est dans le Coran ». « La foudre est la colère de Dieu ». Ou le besoin d’un spirituel débarrassé de science. Hicham explore. Les jeunes français ne sont pas habitués à parler de religion à l’école, contrairement aux jeunes Belges. L’enjeu de vérité qui se joue (sciences ou croyances) invite à expliquer aux jeunes comment chaque discipline construit son raisonnement et ses observations. Il évoque l’usage du mot « savant » et « science » pour les salafistes.

32:42 : LE SYSTÈME DE PENSÉE SALAFISTE.
Hicham décortique, à partir d’un ouvrage de référence (de Mohammed ben Abdelwahhab 1703 1792), la manière de construire un discours à visée politique qui utilise ensuite des sourates du Coran pour se justifier (preuves). L’apogée, les lois de Dieu et le Djihad. La rhétorique salafiste abuse d’un argument d’autorité qui peut impressionner les jeunes. Hicham restitue l’intention de Abdelwahhad : unifier les tribus d’arabe (au 18ème siècle) et convaincre les gens de prendre les armes avec lui et de rétablir un « vrai islam ». Hicham évoque la période coloniale et la manière dont les textes ont continué à être utilisé pour servir des intentions politiques plus contemporaines.

41:17 : Question du public.
Témoignage d’un proviseur à propos de la difficulté de parler de religion à l’école et de l’intérêt de cette analyse. La laïcité à la française est-elle un frein pour dialoguer avec les jeunes ? Hicham rappelle qu’en France, des penseurs ont poussé la réflexion sur la religion en tant qu’activité humaine. Il s’agit de parler de religion autrement, avec l’histoire, la psychologie, la sociologie… et de ne pas la laisser seulement aux théologiens (ou à ceux qui ne font un usage politique).




VIDEO. Le droit à la trajectoire / Omar Benlaala

Cette vidéo a été réalisée suite à l’invitation d’Omar Benlaala au Théâtre la Cité en Mars 2017 dans la cadre du projet « Jeunes à vif, Jeunes en devenir ».

Réalisation : Sandrine Delrieu 2017 / Images et montage : Cyrielle Faure.

« Omar Benlaala retrace dans son livre « La barbe » un itinéraire précurseur, le sien : comment, jeune Français d’origine algérienne, il est devenu, au milieu des années 1990, l’un des premiers « barbus ». Il raconte les étapes successives de sa quête d’identité : décrochage scolaire, apprentissage accéléré de l’islam dans les mosquées de la région parisienne, voyages initiatiques à travers le monde, puis défonce sur les pistes de danse. Au terme de ces expériences, il trouve finalement son équilibre dans une pratique spirituelle apaisée. Il y a dix ans, alors qu’un nombre croissant de jeunes font le choix de l’islamisme, Omar coupe sa barbe et redevient invisible. Commence alors pour lui une nouvelle quête, ne visant plus ni l’absolu ni la distinction, celle du calme intérieur.

Le parcours singulier d’Omar aide à comprendre celui d’autres jeunes qui, aujourd’hui, se cherchent dans la religion. « N’ayant jamais mis les pieds dans une mosquée, je ne savais pas ce que j’allais y trouver. Mais parfaitement ce que je fuyais. »

Dans son livre, l’auteur décrit avec finesse et humour les états d’âme d’un adolescent qui entre dans l’univers d’un Islam dont il ne connaît pas grand chose mais où un groupe de croyants lui offre une place, un statut, un rôle… et une nouvelle image de lui-même.

Ce livre ouvre de nombreux espaces de compréhension sensible : comment un jeune, après avoir décroché des études au collège, peut avoir envie de recommencer à étudier (la langue arabe), à apprendre (par cœur), à être corrigé ou félicité (par de nouveaux « maîtres ») et à être fier de ses progrès… tout en étant inconscient des ruptures familiales et sociales qui l’isole ; comment le jeune garçon pense enfin honorer parents et ancêtres (prendre la voie d’Allah) alors que ceux-ci sont préoccupés par son avenir social ; comment il découvrira au Pakistan le rayonnement international du mouvement des « Tabligh Jamaa », ce groupe de prédication qu’il a rejoint et dont il ne savait finalement pas grand chose ; comment les rencontres diverses qu’il fit sur son parcours l’ont aiguillé petit à petit vers une spiritualité sereine, le lâcher prise et l’écriture. Vingt ans après, le témoignage d’Omar est précieux dans cette période où une nouvelle génération peut être fascinée par des idéologies extrêmes ou par un islamisme politique violent susceptible de transformer leurs frustrations et leurs peines en haine déshumanisante et meurtrière. Ce qui n’était pas encore le cas à son époque de manière aussi massive avec cette « colonisation des esprits » amplifiée par internet qui menace certains jeunes aujourd’hui.

La Barbe décrit également le délicat passage à l’âge adulte (d’où le titre, polysémique), aborde le rapport entre les générations, la déscolarisation, la délinquance, la drogue, les fragilités issues de l’histoire de l’immigration ou de l’exclusion sociale. »

SD